Test Tormented Souls 2 – Ce survival-horror qui vous fera regretter d’allumer la lumière

Tormented Souls 2 – Un hommage brutal et magnifique au vrai survival-horror

Certains jeux ne cherchent pas à séduire, mais à hanter. Tormented Souls 2 appartient à cette espèce rare de titres qui ne courent pas après les effets spectaculaires, mais préfèrent s’insinuer lentement sous la peau du joueur. Suite directe du premier opus sorti en 2021, ce nouvel épisode signé Dual Effect et PQube nous replonge dans une horreur old-school assumée, avec ses caméras fixes, ses énigmes retorses et son ambiance de cauchemar gothique. Mais la question brûle les lèvres : quatre ans plus tard, cette suite était-elle vraiment nécessaire ? Après une dizaine d’heures passées à frissonner manette en main, la réponse est claire : oui, et mille fois oui… à condition d’aimer souffrir avec style.

Un retour glaçant à la Villa Hess

Le premier Tormented Souls nous avait présenté Caroline Walker, une jeune femme plongée dans l’enfer d’un hôpital abandonné. Ce second volet reprend le fil de son histoire : des années plus tard, Caroline vit avec le poids de ce qu’elle a vu et survécu. Mais lorsqu’elle apprend que sa sœur Anna est victime d’un mal étrange, elle n’a d’autre choix que de se rendre dans un nouveau lieu maudit, la mystérieuse Villa Hess, un manoir monumental aussi somptueux que délabré. C’est là que tout recommence – ou plutôt, que tout dégénère.

Dès les premières minutes, l’ambiance impose le respect. Les couloirs suintent la peur, la lumière des chandeliers tremble sur les murs couverts de symboles religieux, et la bande sonore distille un malaise constant. On retrouve cette patte visuelle très inspirée de l’ère PlayStation 2, modernisée par des effets de particules et un éclairage dynamique somptueux. C’est gothique, macabre, parfois presque baroque. Et c’est précisément cette esthétique datée, mais soignée, qui confère à Tormented Souls 2 son identité singulière.

Des puzzles à l’ancienne, entre génie et cruauté

Les fans de Resident Evil premier du nom ou de Silent Hill seront aux anges : le jeu ne fait aucun compromis sur son ADN. Ici, pas de flèches lumineuses ni d’objectifs automatiques. On explore, on observe, on note, on réfléchit. Chaque salle recèle un secret, chaque document trouvé éclaire un pan de l’histoire ou donne un indice pour la suite. Certains puzzles frôlent la cruauté, demandant de combiner des objets ou de décrypter des symboles sans aucune aide. C’est exigeant, frustrant parfois, mais terriblement gratifiant.

Cette philosophie du « figure it out yourself » (démerde-toi, en bon français) est le cœur du jeu. On sent que Dual Effect revendique une forme de résistance au tout-assisté moderne. Et, honnêtement, quel plaisir de retrouver la satisfaction de résoudre un puzzle à la sueur de ses méninges ! À une époque où les jeux guident le joueur à chaque pas, Tormented Souls 2 rappelle que l’incertitude peut aussi être une forme de tension narrative.

Un gameplay figé dans le temps… et c’est voulu

Comme son aîné, Tormented Souls 2 adopte des caméras fixes et des commandes rigides qui feront bondir les amateurs de fluidité. Caroline se déplace lentement, se tourne avant de courir, et les angles changent de façon abrupte. Sur le papier, c’est daté. En jeu, c’est une bénédiction. Chaque plan est pensé comme un tableau, chaque angle accentue la tension. On ne sait jamais ce qui nous attend derrière la porte suivante : un cadavre, une ombre ou le vide absolu.

Les combats sont rares, mais percutants. Le bestiaire, bien qu’un peu limité, impressionne par son design organique : silhouettes déformées, visages suturés, membres mécaniques… L’équipe artistique n’a pas cherché à innover, mais à perfectionner ce qu’elle maîtrise. On ressent la lourdeur des coups, la panique de recharger dans l’urgence, le soulagement quand un monstre s’écroule enfin. Le son des balles, des hurlements et du métal froissé compose une véritable symphonie d’angoisse.

Une ambiance sonore qui glace jusqu’à l’os

Si Tormented Souls 2 excelle dans un domaine, c’est bien le sound design. Casque sur les oreilles, on capte chaque craquement du parquet, chaque souffle derrière la cloison, chaque goutte d’eau qui tombe dans le silence. Le moindre bruit devient suspect. Et quand la musique s’invite, elle le fait avec parcimonie : des nappes d’orgue, des chœurs lointains, parfois un battement sourd. C’est une réussite absolue qui joue autant sur la peur viscérale que sur la tension psychologique.

Le doublage, intégralement en anglais, reste correct sans être transcendant. Caroline conserve cette tonalité à la fois fragile et déterminée qui la rend attachante. Les dialogues sont rares, mais efficaces, évitant les longueurs inutiles. Le silence, dans Tormented Souls 2, a souvent plus de sens que les mots.

Une technique solide et une direction artistique inspirée

Techniquement, le jeu tourne très bien sur PS5 et PC. Le moteur maison, bien que modeste, tire pleinement parti des effets modernes : jeux de lumière dynamiques, reflets sur les sols humides, ombres en temps réel. Rien de révolutionnaire, mais un équilibre parfait entre old-school et efficacité visuelle. Là où le premier épisode souffrait de bugs gênants et de collisions hasardeuses, cette suite s’avère bien plus stable. Aucun crash, des chargements rapides et une optimisation exemplaire pour un studio de cette taille.

Mais c’est surtout la direction artistique qui impressionne. Chaque décor raconte une histoire : un couloir envahi par les racines, une église effondrée envahie par la brume, une salle de classe transformée en abattoir rituel. Rien n’est laissé au hasard. On ressent une vraie passion derrière chaque plan, un amour sincère pour les codes du genre. Et c’est cette sincérité qui fait toute la différence.

Un scénario qui joue avec les symboles

La trame narrative reste volontairement cryptique. Caroline cherche à sauver sa sœur, mais ce prétexte sert avant tout à nous plonger dans une descente aux enfers symbolique. Les thèmes religieux, la culpabilité, la rédemption et la maternité traversent le récit sans jamais être assénés. Des fragments de journaux, des gravures et des statues disséminées dans les décors nourrissent l’interprétation du joueur. On devine que Dual Effect préfère la suggestion à la sur-explication. Et cela fonctionne : on sort de Tormented Souls 2 avec plus de questions que de réponses, mais avec la sensation d’avoir vécu une expérience profondément dérangeante.

Une suite qui respecte son héritage

Il aurait été facile de céder à la tentation de la modernisation, d’ouvrir les espaces, de dynamiser les combats. Le studio n’en a rien fait, et on l’en remercie. Tormented Souls 2 assume d’être un jeu de niche, pensé pour ceux qui regrettent l’âge d’or du survival-horror. Il s’adresse à une audience précise, celle qui trouve du plaisir dans la lenteur, la peur sourde et les énigmes tordues. Pour ces joueurs-là, c’est un cadeau empoisonné délicieux. Pour les autres, un défi presque anachronique.

Ce qui frappe, c’est la progression du studio. Dual Effect a écouté les retours du premier épisode : les puzzles sont plus équilibrés, la maniabilité plus fluide, la caméra mieux gérée. On sent la maturation d’une équipe passionnée, à mille lieues des blockbusters calibrés. Tormented Souls 2 est une œuvre artisanale, imparfaite mais sincère, qui célèbre la peur comme un art.

Une durée de vie honnête, un replay limité

Comptez environ 10 à 12 heures pour terminer l’aventure, selon votre aisance face aux énigmes. Il n’y a pas de modes alternatifs ni de new game plus, et c’est très bien ainsi. Le jeu se suffit à lui-même, comme une histoire qu’on vit une fois, intensément, avant de la laisser derrière soi. On aurait toutefois apprécié quelques secrets ou variantes supplémentaires pour pousser à la rejouabilité. Mais dans un monde saturé de jeux-service, cette concision fait presque figure de vertu.

Un hommage vibrant aux maîtres de l’angoisse

Impossible de ne pas penser à Resident Evil, Alone in the Dark ou Silent Hill. Mais Tormented Souls 2 n’est pas un simple pastiche. Il s’approprie ses influences pour bâtir sa propre mythologie, entre religion corrompue et cauchemar organique. C’est un hommage sincère, presque romantique, à une époque où le jeu vidéo faisait peur sans artifices, avec pour seule arme la mise en scène.

Notre verdict final

Tormented Souls 2 est un miracle discret. Un jeu qui ne cherche pas la perfection technique, mais l’émotion brute. Il n’est pas pour tout le monde, et c’est ce qui le rend précieux. Son ambiance suffocante, ses puzzles redoutables et son esthétique gothique en font une œuvre à part, entre nostalgie et terreur viscérale.

Note finale : 85 %

Un hommage vibrant au survival-horror d’antan, à la fois cruel et envoûtant. Le cauchemar est de retour, et il n’a jamais été aussi beau.