Test Call of Duty: Black Ops 7 : entre intensité, frustration et limites d’un géant en perte de repères

Il y a des jeux qu’on lance avec une excitation presque automatique, comme un geste devenu rituel. Black Ops 7 fait partie de ceux-là. Dès l’écran titre, cette sensation familière revient : le grain militaire, la musique aux accents dramatiques, le sentiment qu’on s’apprête à plonger dans un thriller politique sous haute tension. Pourtant, quelques heures plus tard, on comprend que cet épisode soulève autant d’adrénaline que de sourcils. Le plaisir est là, indéniable par moments, mais il est régulièrement interrompu par des choix de design impossibles à ignorer, des frustrations structurelles et un parfum de déjà-vu qui colle au multijoueur comme une seconde peau.

C’est peut-être ça, Black Ops 7 : un jeu qui bataille en permanence entre ce qu’il veut être, ce que la communauté attend de lui, et ce que ses propres décisions empêchent. Un épisode à la fois spectaculaire et maladroit, ambitieux et limité, passionnant et agaçant. Un Call of Duty qui cherche un second souffle, mais qui le fait souvent au détriment de son ADN. Et ce tiraillement, on le ressent dès les premières minutes.

Une campagne qui claque, mais qui n’appartient plus vraiment au joueur

Difficile de parler de Black Ops 7 sans aborder ce qui a enflammé la toile dès les premiers tests : l’impossibilité de mettre la campagne solo en pause. Et rien que ça, c’est révélateur du virage que prend la licence. Officiellement, l’idée est simple : proposer une aventure entièrement en ligne, jouable en coopération jusqu’à quatre. Sur le papier, c’est grisant. Dans les faits, c’est une contrainte qui pèse sur chaque mission.

Il suffit d’un appel téléphonique, d’un enfant qui réclame quelque chose dans le salon, ou d’un simple besoin de souffler pour que la logique se grippe. Pas de pause. Pas de suspension du monde. Le jeu continue, imperturbable, comme si le joueur n’avait plus voix au chapitre. Et lorsqu’on tente un retour alt-tab un peu trop long, on découvre un autre cadeau : être expulsé pour inactivité, sans possibilité de reprendre où on s’est arrêté. C’est d’autant plus ironique que Call of Duty a toujours été pensé comme un divertissement “pick-up-and-play”, une expérience accessible, malléable, parfois intense mais jamais punitive envers le quotidien du joueur.

Pourtant, la campagne a des qualités évidentes : une mise en scène nerveuse, une utilisation plus subtile du rythme, des environnements où l’on retrouve la patte Black Ops, cette tension paranoïaque héritée des premiers volets. On ressent par instants l’envie des développeurs de renouer avec quelque chose de plus sombre, plus intime, plus manipulatoire — presque une suite spirituelle à Black Ops II. Les décors sont travaillés, certaines séquences flirtent avec l’espionnage pur, et il y a cette volonté perceptible de raconter un récit modulable selon la manière dont on aborde les objectifs.

Mais là encore, l’ambition s’effrite au contact des limitations techniques et structurelles. L’obligation d’être connecté en permanence transforme des missions très bien pensées en moments de frustration. Une simple micro-coupure internet et tout s’effondre : retour menu, progression perdue, immersion brisée. Un système de checkpoints aurait pu sauver la formule, mais le jeu s’y refuse, comme si l’intégrité de la campagne dépendait uniquement de la stabilité d’un serveur.

Lorsque l’on vit le jeu comme prévu — connecté, concentré, disponible pendant de longues sessions — la campagne tient debout. Elle peut même surprendre. Mais dès qu’on sort de ce cadre parfaitement lisse, tout se fissure.

Un multijoueur solide mais prisonnier de son héritage

S’il y a un domaine où Call of Duty est attendu au tournant, c’est le multijoueur. Et Black Ops 7 le sait très bien. Il multiplie les cartes au lancement, propose un gunplay efficace, s’appuie sur une base de joueurs fidèle et des modes éprouvés depuis des années. Sur ce terrain-là, on retrouve le confort de jeu que seule cette licence sait offrir : des mouvements fluides, une réactivité impeccable, une sensation de tir qui claque et qui rappelle pourquoi la franchise domine depuis si longtemps. Mais là encore, le plaisir repose sur des fondations vieillissantes.

La critique la plus persistante, celle qui revient en boucle, concerne la réutilisation massive de cartes anciennes, parfois à peine réinterprétées. Une partie de la communauté y voit un héritage assumé, une manière de proposer des terrains devenus cultes. Une autre partie y voit un manque d’audace, une façon de remplir artificiellement le contenu de lancement. Difficile de trancher, mais sur le terrain, le constat est clair : le sentiment de déjà-vu est omniprésent.

Quand on enchaîne les parties, certaines cartes réveillent des souvenirs presque muscle memory, jusque dans les angles de tir ou les lignes de vue. Et si cela procure une forme de confort, cela limite aussi l’émergence de nouveauté. Black Ops 7 n’a pas cette map signature immédiatement iconique, celle dont on se souvient dès le premier match. Il propose un parc solide, efficace, fonctionnel… mais rarement surprenant.

Le problème n’est pas seulement nostalgique : il affecte la dynamique globale. On ressent un manque de prise de risque dans les layouts, une prudence presque excessive dans la conception des espaces. Comme si le jeu avait peur de déranger, de bousculer, de proposer quelque chose qui sorte du moule Black Ops classique.

Les sensations restent bonnes, mais elles manquent de saveur. Comme si la recette fonctionnait encore, mais qu’elle était servie depuis trop longtemps.

Un jeu techniquement propre, mais loin d’être irréprochable

Techniquement, Black Ops 7 est un épisode intermédiaire : plus propre que Black Ops 6, plus lisible, parfois plus élégant dans ses effets, mais tout sauf une révolution. Le moteur montre son âge, malgré les améliorations d’éclairage ou les efforts sur certains environnements. Le jeu tourne bien, certes, mais il n’impressionne plus. On observe même des écarts importants selon les plateformes, avec des versions légèrement moins bien optimisées et des performances irrégulières dans certaines zones.

Les animations, la destructibilité, le travail sur les particules — tout cela est cohérent, bien exécuté, mais rien ne vient provoquer ce moment « wow » qui définissait autrefois les grosses sorties annuelles.

Le son reste l’une des forces du jeu : impacts nets, spatialisation propre, armes reconnaissables à l’oreille, ambiance sonore immersive. C’est parfois dans l’audio que l’on ressent le mieux l’intensité d’un échange de tirs ou la claustrophobie d’un couloir étroit. C’est un domaine où Call of Duty n’a jamais vraiment faibli, et Black Ops 7 perpétue ce savoir-faire avec conviction.

Mais l’ensemble reste inégal, comme si la technique servait la fonction sans chercher à la transcender.

Un modèle économique qui parasite l’expérience

Impossible d’y couper : Black Ops 7 hérite une nouvelle fois du modèle économique moderne d’Activision. Packs cosmétiques, battle pass, mises à jour saisonnières, bundles premium qui frôlent parfois l’absurde… Rien de nouveau, mais tout s’accumule. Et dans un épisode déjà critiqué pour son manque d’originalité, cette couche supplémentaire épuise les joueurs qui ont l’impression de payer pour du contenu recyclé ou accessoire.

Le jeu n’est pas avare en microtransactions, et même si elles restent principalement cosmétiques, leur omniprésence alourdit la perception générale. On en revient à ce sentiment d’un jeu qui ne parvient plus à respirer sous le poids de l’économie live-service.

Un épisode charnière… mais pas celui qu’on espérait

À bien des égards, Black Ops 7 pourrait être vu comme un tournant. La campagne en ligne, le multijoueur qui assume son héritage plus que jamais, le moteur qui commence à montrer ses limites, la communauté qui réclame du sang neuf… Tout indique que la franchise arrive à un moment où elle doit se réinventer. Et cet épisode avait sans doute la mission de commencer ce changement. Mais il ne fait que révéler les tensions internes.

Quand Black Ops 7 fonctionne, il fonctionne vraiment : gunfights nerveux, missions qui envoient, ambiance paranoïaque, sensation de retrouver une identité connue et appréciée. Quand il dérape, il rappelle pourquoi la frustration monte chez les fans : impossibilité de mettre en pause, maps recyclées, structure connectée qui bride l’expérience solo, sensation de stagnation. Le plaisir est là, réel, mais constamment bousculé.

Un mode Zombies qui rassure… sans totalement se réinventer

Impossible de parler d’un Black Ops sans évoquer le mode Zombies, devenu avec le temps presque une licence dans la licence. Dans Black Ops 7, c’est d’ailleurs l’un des aspects qui risque de le plus diviser : d’un côté, on retrouve ce confort immédiat, cette boucle de jeu terriblement addictive où l’on enchaîne les vagues, on optimise ses trajectoires, on débloque des zones et on fouille le décor à la recherche de secrets. De l’autre, on sent que la formule, elle aussi, commence à tourner en rond.

Les premières parties font le job : ambiance sombre, design sonore oppressant, montée en puissance progressive, armes à améliorer, et cette tension si particulière quand la horde s’accélère et que la moindre erreur se paye cash. Joué entre amis avec la bonne équipe, le mode Zombies de Black Ops 7 reste un générateur de soirées mémorables, de fous rires et de “allez, encore une dernière et j’arrête” qui termine deux heures plus tard. Sur ce point, le savoir-faire de Treyarch est intact : le feeling des armes, la lisibilité des arènes et le rythme des manches sont maîtrisés.

Là où le bât blesse, c’est dans la sensation de nouveauté. Les mécaniques de base restent globalement les mêmes, les ajouts sont plus dans le détail que dans la rupture, et si les cartes ont leur propre identité visuelle, on a du mal à être vraiment surpris par la structure générale des parties. On retrouve des systèmes déjà vus, des objectifs déjà joués, et même si l’enrobage change, l’impression est forte d’être sur une itération prudente plutôt que sur un mode qui veut bousculer ses propres codes.

On sent pourtant une volonté de scénariser davantage l’ensemble, de glisser des bribes de lore, des dialogues, des événements scriptés pour donner du relief à la progression. Mais là encore, le jeu ne va pas au bout : ça donne du contexte, jamais un vrai sentiment d’aventure. Le mode Zombies reste un bac à sable de survie fun, mais il ne parvient pas à se hisser au rang d’expérience marquante comme ont pu l’être certains chapitres emblématiques des anciens Black Ops.

Malgré tout, dans l’équation globale de Black Ops 7, c’est probablement le mode le plus “sain” : pas écrasé par la polémique de la campagne online-only, moins exposé au recyclage visible des cartes du multi classique, et toujours capable d’engloutir des heures de jeu sans qu’on regarde l’horloge. Mais ce n’est plus ce moteur d’enthousiasme qu’il était autrefois ; plutôt un pilier solide, rassurant, qui maintient l’édifice debout sans réussir à le sublimer.

Verdict final (60/100)

Call of Duty: Black Ops 7 n’est pas un mauvais jeu. Il n’est pas un grand jeu non plus. C’est un épisode mitigé, solide dans ses fondations mais fragilisé par des choix de design discutables et un manque clair d’audace. La campagne propose des moments marquants mais souffre énormément de son architecture online-only. Le multijoueur est efficace mais trop enraciné dans le passé. Et l’ensemble peine à trouver une identité propre.

C’est un jeu qu’on peut apprécier, parfois beaucoup, mais dont on ne peut ignorer les limites. Un épisode qui montre que la machine Call of Duty tourne encore, mais sur son propre héritage plutôt que sur un réel élan créatif.

Note EssentielActu : 60 / 100
Un bon divertissement, mais un Call of Duty qui doit impérativement apprendre de ses erreurs pour retrouver sa grandeur.