Critique Resident Evil : Zach Cregger a-t-il raté son hommage au jeu vidéo ?

Critique Resident Evil (2026) : un divertissement généreux mais un film d’horreur déroutant

Après le coup de poing Barbare et le très intrigant Évanouis, Zach Cregger s’attaque à un monument de la pop culture mondiale : la franchise Resident Evil. En choisissant de délaisser les héros iconiques tirés à quatre épingles pour suivre la dérive poisseuse d’un simple coursier médical perdu à Raccoon City, le réalisateur promettait une immersion viscérale, au plus près des racines du survival horror. Si le résultat offre un spectacle généreux et diablement efficace en tant que série B d’action gore, il peine toutefois à imposer la vraie terreur poisseuse qu’on était en droit d’attendre.

Une ouverture sous haute tension

Pendant sa première heure, le long-métrage frôle le sans-faute. L’ouverture, sombre et nerveuse, parvient immédiatement à installer une sentiment d’insécurité permanent. On y suit Bryan, un livreur ordinaire parachuté malgré lui au cœur d’un Raccoon City au bord du gouffre. La mise en scène s’attache à retranscrire la vulnérabilité d’un homme dépassé : gestion drastique des ressources, panique face à des menaces imprévisibles et claustrophobie des décors urbains. Les longs couloirs sombres et les angles morts tirent parti d’une photographie soignée qui rappelle les meilleures heures du jeu vidéo d’origine.

L’ambiance sonore participe largement à cette immersion initiale. Entre grondements organiques sourds, grincements de structures métalliques et silences lourds de menace, le film parvient à faire monter la pression avec une efficacité redoutable. Le travail sur la lumière, jouant sur le contraste entre la pénombre poisseuse des sous-sols et le néon froid des laboratoires, compose un cadre visuel particulièrement immersif.

Un casting habité qui fait vivre le récit

L’un des grands atouts du film réside dans la prestation remarquable d’Austin Abrams dans le rôle de Bryan. Portant près de 90 % des scènes sur ses épaules, le jeune comédien livre une performance authentique et physique. Loin des super-soldats invincibles, son personnage tremble, loupe ses tirs, hésite et exprime une terreur communicative. Cette vulnérabilité apporte un ancrage émotionnel précieux auquel le spectateur s’attache sans peine.

Autour de lui, le reste de la distribution apporte une vraie présence visuelle et scénique :

  • Zach Cherry insuffle un naturel surprenant à son personnage, apportant une touche d’humanité au milieu du chaos.
  • Kali Reis impose une carrure et une autorité naturelle captivantes en ancienne militaire pragmatique.
  • Paul Walter Hauser compose une figure plus ambiguë et décalée liée aux arcanes de la multinationale Umbrella.

La dynamique entre les comédiens fonctionne à merveille et permet au récit de conserver un rythme effréné du début à la fin sans le moindre temps mort.

La rupture de ton : quand l’humour désamorce la peur

C’est malheureusement à mi-parcours que le film opère un glissement tonal contestable. Alors que l’angoisse s’installait durablement, le scénario choisit d’injecter des éléments comiques intempestifs et une pincée de satire grinçante. Les répliques désinvoltes en pleine évacuation et le traitement presque parodique des exécutifs d’Umbrella viennent briser le sentiment d’urgence.

En transformant la terrifiante firme pharmaceutique en une farce bureaucratique gérée par des responsables ridicules, Zach Cregger désamorce lui-même la gravité de son antagoniste principal. Dès lors que les protagonistes cessent de craindre pour leur survie pour débiter des vannes ou que des clins d’œil méta appuyés s’invitent lors des scènes d’action clés, l’effroi s’évapore au profit d’une comédie d’action débridée.

Un feu d’artifice de body horror et de références

Visuellement, le long-métrage ne radine pourtant pas sur le spectacle. La seconde partie assume une déferlante d’effets pratiques et de prothèses particulièrement généreuses, rendant un hommage vibrant au cinéma de genre des années 80 et 90 :

  • Un climax impressionnant en forme de clin d’œil appuyé au body horror de The Thing (John Carpenter), mettant en scène des créatures aux chairs fusionnées, tentacules et déformations monstrueuses.
  • Des séquences de massacre gore totalement décomplexées qui lorgnent du côté du Braindead de Peter Jackson et du cinéma splatter.

Le travail sur les maquillages et les monstres est visuellement bluffant et réjouira sans aucun doute les amateurs d’effets spéciaux à l’ancienne. Cependant, cette surenchère grotesque, parachutée au milieu d’un récit qui se voulait initialement sombre et oppressant, crée un grand écart tonal difficile à avaler pour qui cherchait une pure expérience d’épouvante.

La structure des jeux vidéo respectée

Sur le plan de la construction narrative, le film prouve un respect indéniable pour le matériau de base. Le découpage suit scrupuleusement la progression d’une partie classique de la franchise :

  • Une première phase de survival horror pur axée sur l’exploration, l’angoisse et la rareté des moyens.
  • Une montée en puissance de l’action avec l’obtention d’armes plus lourdes et la découverte de secrets industriels.
  • Une confrontation finale spectaculaire face à une abomination biologique en mutation constante.

Cette fidélité structurelle ravira les connaisseurs. Mais là où les jeux vidéo parviennent à maintenir une tension constante grâce à l’implication directe du joueur qui lutte pour sa survie, le film choisit le second degré et la légèreté. La patte crasseuse et la poisse dérangeante qui faisaient la force de Barbare se retrouvent ainsi lissées au profit d’un grand huit efficace mais inoffensif.

Un divertissement solide, un film d’horreur manqué

Au final, ce Resident Evil version 2026 s’avère être un objet hybride. Pris comme un blockbuster d’action gore, rythmé et généreux en monstres, le film remplit parfaitement son contrat de divertissement pop-corn pour une soirée entre amis. La mise en scène est dynamique, les acteurs sont impliqués et les effets visuels font plaisir à voir.

En revanche, pour ceux qui espéraient l’adaptation poisseuse, terrifiante et cauchemardesque capable d’installer une vraie peur durable, le rendez-vous est en partie manqué. En sacrifiant son atmosphère au profit d’un humour lourd et de vannes déplacées, Zach Cregger signe un spectacle réjouissant mais cruellement inoffensif sur le plan de la pure terreur.

En résumé
Sans être le désastre redouté, le film oscille constamment entre l’hommage vibrant et la parodie involontaire. Une série B très efficace et rythmée, emmenée par un Austin Abrams impeccable, mais qui oublie en route de faire réellement peur.

Note : 6 / 10