Notre avis sur « Cinéma – La grande histoire du 7ème art » : Le pavé Larousse qui donne une envie irrépressible de se refaire toute l’histoire du cinéma

Pourquoi « Cinéma – La grande histoire du 7ème art » est le cadeau parfait pour tous les amoureux du grand écran

Il y a des ouvrages d’histoire qu’on classe sagement sur une étagère pour ne plus jamais les ouvrir, et puis il y a ces beaux livres vivants, généreux et vibrants, qu’on laisse ouverts en permanence sur le coin de la table basse, entre deux tasses de café. Reçu dans le cadre de nos chroniques éditoriales pour EssentielActu, « Cinéma – La grande histoire du 7ème art », publié aux éditions Larousse sous la direction de Laurent Delmas, appartient viscéralement à cette seconde catégorie. Quand on prend en main ce beau bébé de 1,4 kg et qu’on commence à faire défiler ses 384 pages en papier glacé haute densité, le premier réflexe n’est pas d’étudier sagement : c’est de flâner, de se laisser happer par une image de plateau, un extrait de storyboard ou une affiche mythique. Laurent Delmas, critique chevronné et voix incontournable de France Inter, réussit le pari de transformer une encyclopédie potentiellement austère en une véritable traversée passionnée. Plongée détaillée au cœur d’une référence qui mérite sa place chez tous les amoureux des salles obscures.

Quand l’histoire du cinéma se lit comme un récit d’aventure

Aborder plus de cent vingt ans de création audiovisuelle sans étouffer le lecteur sous le poids des dates, des chiffres du box-office et des filmographies interminables relevait du casse-tête. Trop souvent, ce genre d’ouvrage oscille entre le catalogue de fiches Wikipédia sans âme et l’essai universitaire indigeste réservé aux étudiants de la Fémis. La force de la démarche de Laurent Delmas réside dans un équilibre rare : vulgariser intelligemment sans jamais édulcorer la complexité des mouvements artistiques, tout en insufflant un véritable amour du cadre et de la mise en scène à chaque paragraphe.

Le livre découpe le parcours du 7ème art en grandes étapes organiques, où chaque période narrative éclaire la suivante et permet de comprendre comment une invention technique est devenue la plus grande machine à imaginaire du monde moderne :

1. L’invention et le muet (1895-1929) : La naissance d’une grammaire visuelle

Tout commence évidemment au salon Indien du Grand Café le 28 décembre 1895 avec les frères Lumière, mais le livre s’attarde très vite sur la vraie rupture conceptuelle apportée par Georges Méliès. On y découvre comment le trucage, le montage et la poésie visuelle ont transformé une simple curiosité foireuse en un art populaire capable de raconter des histoires. Les doubles pages consacrées à l’expressionnisme allemand — de la silhouette décharnée du Nosferatu de Murnau aux décors géométriques et torturés du Cabinet du Docteur Caligari — montrent avec quelle rapidité les cinéastes ont su exploiter l’ombre, le contraste et la lumière pour traduire la folie humaine. C’est aussi l’époque où le cinéma soviétique d’Eisenstein (Le Cuirassé Potemkine) théorise le montage comme un choc d’idées, pendant qu’Hollywood construit ses premiers mythes grâce à la poésie burlesque de Charlie Chaplin, à la virtuosité physique de Buster Keaton et à la naissance des premiers grands studios de production.

2. L’avènement du parlant (1928-1944) : Une révolution artistique et économique

Comme l’illustre magnifiquement la double page consacrée au sujet dans l’ouvrage, le passage au sonore n’a pas été une simple évolution technique, mais un véritable séisme économique et esthétique. On redécouvre avec délectation les réticences de l’époque, symbolisées par la déclaration provocatrice de la star Mary Pickford : « Ajouter du son au cinéma serait comme mettre du rouge à lèvres à la Vénus de Milo ». Et pourtant, le pari fou de la Warner avec le système Vitaphone sur Le Chanteur de jazz (1927) d’Alan Crosland va tout balayer sur son passage. Le livre retrace cette redistribution brutale des cartes hollywoodiennes où des rois du muet se sont effondrés du jour au lendemain faute d’une voix timbrée. On y contemple l’affiche mythique d’Anna Christie arborant le célèbre slogan « Greta Garbo parle ! », le rugissement inaugural de Leo le lion de la MGM, et l’explosion de nouveaux genres taillés pour le son : la comédie musicale étincelante (Chantons sous la pluie), le film de gangsters nerveux et le drame romantique.

3. L’âge d’or des studios et le réalisme européen (1930-1959) : Entre glamour et vérité

L’ouvrage plonge ensuite dans la mécanique parfaitement huilée de la toute-puissance des majors hollywoodiennes (MGM, Paramount, Warner, Universal) qui façonnent leurs stars sous contrat exclusif. C’est l’époque du grand cinéma hollywoodien classique, du film noir poisseux aux éclairages ciselés (Le Grand Sommeil, Assurance sur la mort) et des fresques en Technicolor étincelant. Mais en contrepoint à cette fabrique à rêves américaine, Laurent Delmas met avec brio à l’honneur les contre-pieds européens : le réalisme poétique français porté par la gouaille de Jean Gabin chez Marcel Carné et Jean Renoir, puis l’électrochoc du néoréalisme italien (Le Voleur de bicyclette de Vittorio De Sica) qui sort les caméras des studios pour capter la poussière, les larmes et la vérité des rues de l’après-guerre.

4. Vent de liberté et Nouvelles Vagues (1960-1975) : La rupture des règles

C’est probablement l’un des chapitres les plus exaltants du livre pour tout amoureux d’un cinéma libre et impertinent. Les années 60 voient une jeunesse insolente prendre le contrôle de la mise en scène. En France, la Nouvelle Vague (Jean-Luc Godard, François Truffaut, Claude Chabrol, Éric Rohmer) fait voler en éclats le « cinéma de papa » à coups de sauts de coupe, de dialogues improvisés et de tournages légers en lumière naturelle dans les rues de Paris. Le mouvement contamine le monde entier : l’Italie brille sous le génie baroque de Federico Fellini (8½) et la brutalité opératique de Sergio Leone qui réinvente le western avec Le Bon, la Brute et le Truand. De l’autre côté de l’Atlantique, ce vent de fronde accouche du Nouvel Hollywood : la génération des jeunes loups tels que Martin Scorsese (Taxi Driver), Francis Ford Coppola (Le Parrain), Brian De Palma et Steven Spielberg s’empare des studios pour imposer un cinéma adulte, politique, violent, névrosé et profondément viscéral.

5. Des blockbusters à la nouvelle animation japonaise (1976-2019) : L’immersion totale

Avec les succès mondiaux des Dents de la mer (1975) et de Star Wars (1977), le cinéma bascule dans l’ère du blockbuster moderne. Laurent Delmas détaille cette mutation sans aucun mépris de genre, soulignant comment la science-fiction et le fantastique sont devenus les laboratoires visuels de l’industrie (Blade Runner, Alien, Matrix). En parallèle, l’ouvrage consacre des pages lumineuses à l’essor de la japanimation. On y suit la transition délicate au sein du Studio Ghibli après Le vent se lève de Hayao Miyazaki, mais aussi l’émergence d’une nouvelle garde de cinéastes aux univers captivants : Mamoru Hosoda (La Traversée du temps, Les Enfants loups) ou Makoto Shinkai. Les succès phénoménaux de Your Name (2016) et des Enfants du temps (2019) y sont analysés comme la preuve d’un art capable de lier poésie intime, maîtrise graphique éblouissante et grandes questions sociétales ou écologiques.

6. Un déclin américain ? (De 2020 à nos jours) : Coup de blues et mutations à Hollywood

L’une des plus grandes qualités de ce livre est de ne pas s’arrêter aux glorieuses décennies passées : il s’inscrit dans l’actualité la plus brûlante du 7ème art. Dans une section prospective passionnante, l’auteur interroge les doutes d’un cinéma américain en pleine crise d’identité. Entre la fatigue des franchises de super-héros, l’impact des plateformes de streaming et le changement des habitudes en salle, le livre confronts le succès triomphal mais très nostalgique de Top Gun: Maverick (2022) à l’émergence d’un cinéma d’auteur américain dissident et ambitieux. Des œuvres majeures récentes comme The Brutalist de Brady Corbet (2024) ou Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson (2025) sont citées comme les preuves vivantes que la création cinématographique trouve toujours le moyen de résister, de surprendre et d’interroger son époque.

Une réalisation éditoriale d’exception pour le plaisir des yeux

Un beau livre de cette envergure ne vaut que si sa facture matérielle et sa mise en page soutiennent la passion de son texte. Sur ce terrain, les éditions Larousse ont accompli un travail remarquable. La reliure solide et le choix d’un papier couché mat haute densité offrent une tenue parfaite en main et un rendu somptueux des couleurs et des noirs profonds, évitant les reflets gênants lors des lectures nocturnes sous une lampe d’appoint.

L’iconographie, sélectionnée avec une exigence rare, évite soigneusement les visuels promotionnels vus et revus pour proposer un dialogue permanent entre l’image et l’écrit :

  • Photos de tournage et documents d’archive : On contemple avec fascination des moments volés sur les plateaux — Al Jolson haranguant l’équipe sur Le Chanteur de jazz, Tom Cruise en tenue de vol dans le cockpit de Top Gun: Maverick, ou des photogrammes tirés des chefs-d’œuvre de l’animation japonaise.
  • Affiches d’époque magnifiquement restaurées : De grandioses reproductions d’affiches originales (à l’image de celle d’Anna Christie avec Greta Garbo) qui rappellent à quel point l’art de l’affiche fait partie intégrante de la mythologie du cinéma.
  • Décorticage de scènes cultes : Au fil des chapitres, le livre propose des doubles pages spéciales consacrées à l’analyse filmique. La composition d’un plan, la profondeur de champ, le choix des angles de caméra ou le rythme du montage y sont disséqués avec une pédagogie limpide.
  • Repères et glossaire pour tous : L’ouvrage intègre un glossaire technique particulièrement bien conçu qui définit sans pédanterie les notions fondamentales du tournage et du montage (champ/contrechamp, nuit américaine, plan-séquence, raccord), permettant aux novices d’acquérir les clés de la grammaire cinématographique.

Fiche technique de l’ouvrage

  • Titre complet : Cinéma – La grande histoire du 7ème art
  • Sous la direction de : Laurent Delmas
  • Éditeur : Larousse (Collection Beaux Livres)
  • Format : 20,5 cm x 25,6 cm (Reliure cartonnée rigide)
  • Pagination : 384 pages (papier couché mat haute densité)
  • Poids : Environ 1,4 kg
  • Code EAN / ISBN : 9782036094802 / 2036094805
  • Prix public conseillé : 24,99 €

Un ouvrage indispensable à poser sur sa table basse

Que vous soyez un cinéphile aguerri cherchant un bel objet de synthèse pour nourrir vos souvenirs de projection, ou un curieux désireux d’explorer l’histoire des images et de dégoter des pépites méconnues à visionner, « Cinéma – La grande histoire du 7ème art » est une réussite totale. Laurent Delmas et les éditions Larousse signent un livre érudit, généreux et visuellement fascinant qui réussit la plus belle des missions : transmettre la passion du cadrage, donner envie de couper son téléphone et de se replonger immédiatement, les yeux écarquillés, dans la magie de la salle obscure.