Développeur : Ubisoft Singapour · Éditeur : Ubisoft · Plateformes : PC, PlayStation 5, Xbox Series X|S · Sortie : 9 juillet 2026 · Genre : Action-aventure, infiltration, monde ouvert · Prix : 49,99 € (édition standard) / 59,99 € (édition Deluxe)
Treize ans après, le Jackdaw reprend la mer
Il y a des jeux qu’on cite en exemple dès qu’une conversation de comptoir tourne autour d’Assassin’s Creed, un peu comme on cite toujours le même épisode de Friends pour prouver qu’une série a eu son âge d’or. Assassin’s Creed IV: Black Flag fait clairement partie de ce club très fermé. Sorti en 2013, le jeu avait réussi l’exploit de faire d’un spin-off pirate improvisé l’un des épisodes les plus aimés de toute la saga, au point de faire de l’ombre à sa propre franchise mère pendant des années.
Treize ans plus tard, Ubisoft s’attaque enfin à l’exercice du remake, une grande première pour l’éditeur français, qui s’était jusque-là contenté de rééditions HD et de portages plus ou moins soignés. Et comme on pouvait s’y attendre, le choix de raviver Edward Kenway plutôt que n’importe quel autre protagoniste de la licence n’a rien d’un hasard : c’est une valeur sûre, un pari sur la nostalgie aussi confortable qu’un vieux perroquet sur l’épaule. Reste à savoir si, sous le nouveau tricorne et le vernis technique flambant neuf, se cache un vrai renouveau ou un simple ravalement de façade à prix d’or.
Un lifting graphique qui donne le mal de mer (le bon)
Autant le dire tout de suite : sur le plan visuel, Black Flag Resynced tient toutes ses promesses. Rebâti de zéro sous le moteur Anvil, le même qui a porté le récent Assassin’s Creed Shadows, le jeu profite d’un éclairage repensé, de textures haute résolution et d’un système météo dynamique qui transforme littéralement l’expérience. Nassau, La Havane, Kingston, et toutes ces petites îles paumées au milieu des flots se redécouvrent avec une densité de végétation et une qualité de lumière qui donnent parfois l’impression de visiter ces lieux pour la première fois, même quand on connaît la carte par cœur. Et que dire de l’océan lui-même : l’eau, élément central de toute la proposition Black Flag, est sublimée au point de donner instantanément envie de hisser les voiles, façon Pirates des Caraïbes revisité par un directeur artistique qui aurait eu un accès illimité au budget effets spéciaux.
Le naval, justement, hérite de quelques ajustements bienvenus : contrôles plus précis, maniabilité du Jackdaw plus nerveuse, intelligence artificielle ennemie plus mordante lors des abordages. Rien de révolutionnaire, mais assez pour que les batailles navales, déjà un point fort du jeu original, restent un vrai plaisir treize ans après.
Un gameplay modernisé qui divise déjà les foules
Là où les choses se corsent un peu, c’est du côté des mécaniques au sol. Ubisoft Singapour, le studio aux commandes, plus habitué jusqu’ici à Skull and Bones qu’à un action-aventure classique, a fait le choix de rapprocher les combats à l’épée du système de Assassin’s Creed Shadows, plus technique, plus porté sur la parade. Sur le papier, l’intention est louable : moderniser un die and retry un peu daté pour coller aux standards actuels du genre. Dans les faits, l’accueil est plus mitigé qu’attendu. Une partie des fans historiques regrette une baisse de panache dans les affrontements, et pointe du doigt une infiltration qui semble parfois marcher sur la tête, façon garde qui joue à cache-cache avec un aveugle. Le nouveau mapping des touches, présenté comme une amélioration, a aussi de quoi dérouter les habitués, qui ont eu la sensation de devoir réapprendre à piloter Edward comme s’il changeait soudainement de main directrice.
Autre point qui fera grincer quelques dents : la disparition pure et simple des séquences dans le présent au sein de l’Animus, historiquement le liant scénaristique de toute la saga. Un choix qui allège sans doute le rythme pour les nouveaux venus peu attachés à cette dimension méta, mais qui laisse un goût d’inachevé aux vétérans habitués à cette respiration narrative, un peu comme regarder un film de super-héros amputé de sa scène post-générique.
Du sang neuf sous le vieux gréement
Pour compenser, Ubisoft n’a pas fait les choses à moitié côté contenu inédit : de nouvelles séquences narratives viennent enrichir l’aventure principale, accompagnées de mécaniques de gestion supplémentaires censées renforcer l’attachement à cet univers de flibustiers. Comptez une bonne trentaine d’heures pour boucler l’histoire principale et une partie significative du contenu annexe, de quoi largement rentabiliser le prix du billet pour qui n’a jamais posé les pieds sur le pont du Jackdaw.
Une ombre au tableau plane cependant sur cette version enrichie : l’absence du DLC Freedom Cry, initialement salué comme l’une des meilleures extensions jamais produites par la licence, avec son propre héros, Adéwalé, et sa trame anti-esclavagiste marquante. Son absence au lancement laisse un vide que même le plus optimiste des perroquets aurait du mal à ignorer, et fait grincer des dents une bonne partie de la communauté qui espérait, à raison, la version « ultime et définitive » promise par l’éditeur.
Le prix de la nostalgie
Reste la question qui fâche : celle du tarif. Facturé au prix fort d’un jeu neuf, ce remake interroge légitimement une partie du public, notamment ceux qui ont déjà usé leurs manettes sur l’original à plusieurs reprises. Si la refonte visuelle et les apports de contenu justifient clairement l’investissement pour les nouveaux venus ou les nostalgiques prêts à revivre l’aventure sous un nouveau jour, les joueurs en quête d’une révolution complète du gameplay risquent de rester sur leur faim, les fondations, elles, restent globalement les mêmes qu’en 2013, avec toutes les qualités mais aussi tous les petits défauts de l’époque qui n’ont pas totalement disparu, caméra parfois capricieuse en combat comprise.
Points forts / Points faibles
On a aimé :
- Une refonte graphique somptueuse portée par le moteur Anvil et le ray tracing
- Une immersion pirate toujours aussi forte, sublimée par des personnages secondaires marquants
- Un combat naval plus précis et toujours aussi jouissif
- Du contenu narratif inédit généreux pour prolonger l’aventure
On a moins aimé :
- Des combats à l’épée retravaillés qui divisent les fans historiques
- Une infiltration et une caméra parfois à la ramasse en plein affrontement
- L’absence du DLC Freedom Cry, un manque criant pour un remake « définitif »
- Un tarif plein pot qui interroge pour un contenu qui reste, au fond, très proche de l’original
- La disparition des séquences dans le présent, qui coupe un peu le lien avec la saga mère
Verdict
Assassin’s Creed Black Flag Resynced, c’est un peu comme retrouver un vieux pote après treize ans loin des yeux : le visage a changé, il s’est refait une santé, il a même appris deux ou trois nouveaux tours, mais au fond, c’est toujours la même personne, avec ses qualités increvables et ses petits tics agaçants qu’on avait presque oubliés. Ubisoft Singapour livre un remake ambitieux et visuellement bluffant, qui réussit l’essentiel : redonner furieusement envie de prendre la mer aux côtés d’Edward Kenway. Mais entre des choix de gameplay qui ne feront pas l’unanimité, une caméra de combat perfectible et l’absence regrettable de Freedom Cry, ce grand retour ressemble davantage à une resynchronisation réussie qu’à une refonte totale et définitive. Un excellent point d’entrée pour les nouveaux venus, une madeleine de Proust bien huilée pour les nostalgiques, mais probablement pas de quoi convaincre ceux qui espéraient un Black Flag 2.0 dans toute sa splendeur.
Note : 7,5/10 — Toujours le roi des pirates, mais une couronne qui a pris quelques coups de canon.



