Fall 2 : Deadpoint — Vertige industriel et naufrage en haute altitude

Fall 2 : Le concept original piégé par la surenchère numérique

Prenez deux jeunes femmes téméraires, flanquez-les au sommet d’une structure branlante perchée à une hauteur absurde, coupez l’accès au sol et observez la panique s’installer. En 2022, Fall réalisé par Scott Mann avait réussi l’un des braquages les plus efficaces du cinéma d’épouvante minimaliste. Produit pour à peine 3 millions de dollars, ce huis clos aérien sur une antenne télécom abandonnée de 600 mètres avait rapporté plus de 20 millions au box-office mondial avant de devenir un véritable phénomène viral grâce à sa seconde vie sur les plateformes de streaming. La mécanique était primaire, crispante, mais diablement bien exécutée.

Quatre ans plus tard, la transformation d’une idée de départ rudimentaire en franchise s’accomplit avec la rigueur mécanique propre aux studios hollywoodiens. Exit Scott Mann à la réalisation — qui conserve néanmoins un pied dans la maison en tant que co-scénariste et producteur —, et bienvenue aux frères Michael et Peter Spierig (Jigsaw, Predestination). Avec Fall 2 : Deadpoint (intitulé Vertige 2 : Point mort au Québec), la recette s’alourdit. Pour justifier une suite à un concept qui tenait par essence du coup unique, l’équipe de production a choisi la fuite en avant : plus haut, plus loin, plus cher… et surtout beaucoup plus artificiel.

Le piège du gigantisme : quand le vertige devient un fond vert

Le récit tente d’établir un pont avec le premier volet tout en renouvelant son casting principal. Jax Hunter (Harriet Slater), hantée par le deuil traumatique de sa sœur Shiloh (personnage incarné par Virginia Gardner dans le premier film), décide de surmonter son agonie psychologique par le choc. Accompagnée de Luce (Arsema Thomas), une amie téméraire addict aux adrénalines extrêmes, elle s’attaque à la traversée d’une passerelle suspendue à flanc de falaise sur le mont Kwan, en Thaïlande. Un éboulement massif détruit la passerelle et les laisse piégées sur une étroite planche de bois branlante, suspendue au-dessus d’un vide abyssal.

Là où le premier film tirait sa force de son austérité matérielle — deux actrices bloquées sur une plateforme métallique de la taille d’une table basse avec le vent pour seul décor —, Fall 2 : Deadpoint multiplie les péripéties jusqu’à l’absurde. Pour renouveler les menaces, le scénario coécrit par Scott Mann et Jonathan Frank ajoute des glissements de terrain, des variations météorologiques extrêmes et une surenchère de cascades qui défient ouvertement les lois élémentaires de la physique.

Chaque tentative de sauvetage obéit à la même surenchère dramatique :

  1. Une prise qui cède ou un câble qui se rompt au millimètre près.
  2. Un plan en contre-plongée vertigineux soutenu par des cordes vocales poussées au maximum.
  3. Une acrobatie irréaliste exécutée in extremis par des personnages épuisés depuis des heures.
  4. Une fausse accalmie de trois minutes pour caser une explication psychologique sommaire sur le deuil.

En cherchant à complexifier l’épreuve, les frères Spierig tuent le sentiment d’isolement. La vertigineuse sensation de vide qui donnait des sueurs froides aux spectateurs dans l’original cède ici la place à une succession d’incrustations numériques visibles et de fonds verts mal intégrés, rappelant les pires scènes d’escalade d’Cliffhanger ou de Mission : Impossible 2.

Bilan financier : la douche froide pour Lionsgate

Si le premier long-métrage s’imposait comme un modèle d’efficience économique pour les compagnies Capstone Pictures et Tea Shop Productions, le passage à la vitesse supérieure s’est heurté à un mur au box-office à la fin de l’été 2026.

DonnéeValeur vérifiée
RéalisateursMichael et Peter Spierig
ScénaristesScott Mann et Jonathan Frank
Distribution USLionsgate (Sortie : septembre 2026)
Recettes US (Démarrage)2,3 M$
Recettes box-office mondial~10,3 M$
Budget de productionNon communiqué (estimé à ~10-15 M$)

Les chiffres enregistrés lors de sa distribution en salles parlent d’eux-mêmes. Avec un premier week-end américain famélique à 2,3 millions de dollars et un cumul mondial peinant à dépasser la barre des 10 millions, le film marque un coup d’arrêt sévère pour la franchise. Un résultat décevant qui remet immédiatement en question l’avenir de Fall 3, pourtant annoncé en développement en parallèle par les producteurs. Le public de cinéma n’a manifestement pas répondu présent pour payer une place de cinéma devant un concept perçu, à juste titre, comme un téléfilm de luxe destiné à alimenter les catalogues de SVOD comme Netflix.

Une réalisation aseptisée par les frères Spierig

Cinéma de genre ne rime pas forcément avec renoncement formel, mais les frères Spierig semblent ici tourner en pilotage automatique. Connus pour leur travail sur Daybreakers ou Jigsaw, les deux cinéastes australiens troquent le sens du cadre rigoureux du premier opus contre un découpage frénétique.

Harriet Slater et Arsema Thomas font de leur mieux pour insuffler de la détresse à leurs personnages, mais leurs réactions face au danger souffrent d’une écriture inconséquente. Les tunnels de dialogues explicatifs sur la culpabilité du survivant parasitent le rythme de l’action. Chaque saut dans le vide ou glissement de mousqueton manque de poids réel, noyé sous un mixage sonore assourdissant qui cherche à forcer l’angoisse là où la mise en scène échoue à la susciter.

On pense inévitablement aux grandes réussites du thriller de survie en milieu hostile, de 127 heures de Danny Boyle au Territoire des loups de Joe Carnahan, qui savaient ancrer l’épreuve physique dans une réalité organique et douloureuse. Deadpoint préfère enchaîner les clichés du genre, allant jusqu’à insérer des caméos nostalgiques sous forme de visions hallucinatoires pour tenter de raccrocher désespérément les wagons avec la charge émotionnelle du premier film.

Le verdict : l’escalade de trop

Fall 2 : Deadpoint illustre parfaitement le piège de la suite opportuniste. En voulant transformer un exercice de style dépouillé et efficace en une machine d’action spectaculaire, les producteurs ont vidé le concept de sa seule véritable valeur : la simplicité du vertige pur.

Privé du facteur surprise, affaibli par des effets visuels inégaux et alourdi par un scénario prévisible, le film s’enfonce dans la routine de la série B lambda. Une déception qui prouve qu’en matière d’horreur et de suspense, viser plus haut ne suffit pas à garantir l’ascension.

Note et bilan

Note : 3,5 / 10

Fall 2 : Deadpoint est une suite sans vertige ni boussole. Malgré l’engagement de ses deux comédiennes principales, le film des frères Spierig cède à la surenchère d’effets numériques et d’incohérences, transformant une peur primitive en un tour de ride sans sensation.