Critique cinéma Super Mario Galaxy : Des étoiles plein les yeux, un vide dans le cœur…

Le grand saut dans l’infini étoilé

Il y a trois ans, Illumination et Nintendo prouvaient au monde qu’un plombier moustachu pouvait faire trembler le box-office mondial. En entrant dans la salle pour découvrir Super Mario Galaxy, le film, on espérait secrètement que ce passage dans le vide spatial apporterait cette profondeur qui manquait au premier opus. Le souvenir des mélodies symphoniques du jeu original et la mélancolie d’Harmonie (Rosalina) laissaient présager une aventure plus mature, presque métaphysique.

Pourtant, dès les premières secondes, on comprend que l’objectif est ailleurs. L’écran explose de couleurs, la gravité s’inverse, et nous voilà projetés dans un tourbillon d’action frénétique. C’est un spectacle total, pensé pour ne jamais laisser le spectateur reprendre son souffle. Mais derrière cette débauche de pixels parfaits et ce plaisir immédiat de retrouver nos héros, une question s’installe rapidement : le film a-t-il vraiment quelque chose à nous raconter ou se contente-t-il de secouer un trousseau de clés rutilant devant nos yeux émerveillés ?

Pourquoi Super Mario Galaxy privilégie-t-il le fan service au scénario ?

Le film fait le choix radical du gavage visuel et sonore. Julien Hervé (à la réalisation) et les équipes d’Illumination ont transformé chaque plan en un « Easter Egg » potentiel. Si vous clignez des yeux, vous risquez de rater un caméo de Falco (Star Fox), une référence à la Nintendo 64 ou un clin d’œil à un obscur personnage de la GameCube. Cette générosité confine parfois à l’overdose. On a l’impression d’être devant une publicité géante de 1h40, certes magnifique, mais terriblement mécanique dans sa progression.

Le scénario, lui, est réduit à sa plus simple expression : Mario doit sauver Luigi (ou l’inverse, selon les minutes) à travers des galaxies de plus en plus excentriques. On traverse les mondes comme on enchaîne les niveaux d’un jeu vidéo, sans que les enjeux ne semblent jamais réels. La narration est un prétexte, une simple rampe de lancement pour des séquences d’action époustouflantes, comme cette course-poursuite dans un casino de l’espace qui restera sans doute comme l’un des plus beaux moments d’animation de l’année. Mais à force de vouloir tout montrer, le film finit par ne plus rien raconter de concret sur ses protagonistes.

Les personnages sont-ils sacrifiés sur l’autel de l’efficacité ?

C’est le point le plus nuancé de cette suite. D’un côté, nous avons des interprétations vocales toujours aussi solides (Chris Pratt et Charlie Day sont désormais parfaitement à l’aise dans les bottes des plombiers). De l’autre, les personnages semblent figés dans leur propre iconographie. Peach, bien que toujours aussi charismatique et meneuse d’hommes, perd ici l’occasion de dévoiler son passé, pourtant suggéré par l’utilisation détournée du livre de contes d’Harmonie.

Harmonie, justement, est la grande déception narrative du film. Alors qu’elle aurait pu apporter une dimension poétique et mélancolique, elle est traitée comme un personnage de soutien fonctionnel, là pour expliquer les règles de la gravité spatiale. Quant à Bowser, Jack Black s’amuse toujours autant, nous offrant même une scène de sacrifice inattendue (et hilarante), mais le méchant perd un peu de sa menace pour devenir une caricature de lui-même. Le film avance en pilotage automatique, préférant les « Lumas » mignons et les gags visuels à une véritable évolution psychologique de ses héros.

Un spectacle visuel qui frôle la perfection technique ?

S’il y a un domaine où Super Mario Galaxy ne souffre d’aucune contestation, c’est bien sa technique. C’est une claque monumentale. Les textures des différentes planètes, les jeux de lumière dans le vide cosmique et la fluidité des animations placent le film au sommet de ce que l’animation moderne peut offrir. On sent que le budget est là, et chaque dollar se voit à l’écran.

La direction artistique rend un hommage vibrant au matériel d’origine. Les fans de la première heure auront des frissons en entendant les thèmes réorchestrés de Brian Tyler. C’est une expérience sensorielle totale qui justifie, à elle seule, le prix du ticket de cinéma. Mais c’est aussi là que réside le piège : le film est si beau, si bien rythmé, qu’il parvient presque à nous faire oublier la vacuité de son intrigue. C’est le triomphe de la forme sur le fond, un « ride » de fête foraine intergalactique qui laisse les neurones au repos pour mieux flatter la rétine.

Pourquoi aller voir Super Mario Galaxy malgré ses faiblesses ?

Malgré ce sentiment de « trop-plein » et un scénario en carton-pâte, Super Mario Galaxy reste un divertissement hautement efficace. C’est un film qui assume sa nature de pur divertissement familial. Pour les enfants, c’est l’aventure ultime, un monde où tout est possible et où l’imagination n’a pas de limites. Pour les adultes, c’est une Madeleine de Proust géante, un bain de nostalgie qui nous rappelle pourquoi nous aimons tant ces personnages depuis quarante ans.

Il faut accepter le film pour ce qu’il est : une célébration bruyante et colorée d’une franchise immortelle. Ce n’est pas ici que vous trouverez de la réflexion philosophique ou des arcs narratifs complexes, mais si vous cherchez à déconnecter pendant une heure et demie en criant « Mamma Mia » intérieurement toutes les cinq minutes, le contrat sera rempli.

Questions fréquentes sur le film Super Mario Galaxy (FAQ)

Le film est-il une suite directe du premier ?

Oui, il reprend les bases posées par le film de 2023 tout en élargissant l’univers vers les confins de l’espace. Il n’est pas indispensable d’avoir vu le premier, mais cela aide à comprendre la dynamique entre Mario, Luigi et Peach.

Est-ce que Harmonie (Rosalina) a un rôle important ?

Elle est présente et visuellement superbe, mais son rôle reste assez secondaire par rapport à l’importance qu’elle a dans le jeu original. Elle sert surtout de guide à nos héros.

Le film contient-il des scènes post-générique ?

Comme pour le premier opus, il est conseillé de rester jusqu’à la fin. Nintendo et Illumination aiment teaser l’avenir de leur « Cinematic Universe » (on murmure l’arrivée de Star Fox ou de Luigi’s Mansion).

Quel âge pour voir le film ?

Le film est accessible dès 5-6 ans. Le rythme est très rapide, ce qui captivera les enfants, tandis que les parents s’amuseront à chercher les milliers de références cachées.

Notre verdict final

Synthèse éditoriale Super Mario Galaxy, le film est un paradoxe ambulant. Techniquement éblouissant et généreux jusqu’à l’excès en fan service, il oublie parfois en chemin de construire une véritable histoire. On en ressort avec des étoiles plein les yeux, mais le sentiment d’avoir assisté à une démo technique de luxe plutôt qu’à un grand film de cinéma. C’est fun, c’est beau, c’est Mario, mais on espère que la prochaine étape saura enfin donner du cœur à cette machine de guerre parfaitement huilée.

Note globale : 65 %

« Un feu d’artifice cosmique qui privilégie la nostalgie au récit : Super Mario Galaxy est le plaisir coupable ultime pour tout fan de Nintendo qui accepte de troquer son cerveau contre une manette. »