Test Gear.Club Unlimited 3 : Le Japon sauve-t-il la mise sur Nintendo Switch 2 ?

Test Gear.Club Unlimited 3 : Le virage de trop pour Eden Games sur Switch 2 ?

Une ambition française au pays du Soleil-Levant

Le soleil se couche sur la baie de Tokyo, et les reflets des néons commencent à danser sur la carrosserie de ma Nissan Fairlady Z. Huit ans après le second volet, me revoici au volant de la franchise phare d’Eden Games, le studio lyonnais qui porte sur ses épaules une partie de l’héritage de Test Drive Unlimited. Pour ce troisième opus, l’attente était fébrile. En ce début d’année 2026, la Nintendo Switch 2 a déjà montré qu’elle pouvait faire des miracles avec des portages ambitieux, et Gear.Club Unlimited 3 se présentait comme la réponse « arcade sérieuse » pour les amateurs de belles mécaniques. La promesse est simple mais efficace : nous faire voyager entre la French Riviera et un Japon magnifié par les codes du street-racing, tout en développant notre propre écurie.

On commence l’aventure avec une Subaru BRZ ou une Nissan Fairlady Z, prêt à conquérir l’archipel nippon. Mais dès les premières minutes, l’immersion se prend un mur. Le mode carrière nous propose de créer le Gear Club au Japon, une académie de pilotage censée nous faire vivre l’ascension d’un champion. Sur le papier, la structure est classique, mais la réalisation narrative semble appartenir à une autre époque. Voir des personnages s’exprimer via des bulles de texte statiques, sans aucun doublage, donne l’impression d’un retour en arrière brutal, surtout face à la maturité matérielle de la console actuelle. On traverse les dialogues comme une formalité administrative pour accéder enfin à la piste, espérant que le bitume saura compenser ce silence narratif gênant.

Pourquoi la dualité entre la France et le Japon définit-elle l’aventure ?

La structure de Gear.Club Unlimited 3 repose sur un va-et-vient constant entre deux continents, deux ambiances et deux philosophies de jeu. D’un côté, nous avons la France, et plus précisément la Côte d’Azur. C’est notre base arrière, notre hub de luxe où tous les ateliers sont déjà installés et poussés à leur niveau maximum. C’est l’endroit idéal pour peaufiner ses réglages sur des voitures déjà puissantes avant de se lancer dans les défis les plus rudes. De l’autre, il y a le Japon, le cœur battant de la progression. C’est ici que l’on construit son empire à partir de zéro. Cette alternance entre le confort européen et la reconstruction nippone apporte un rythme intéressant au début, même si elle finit par devenir répétitive.

Au Japon, l’objectif est de s’implanter durablement. On dispose d’un garage vide que l’on doit transformer en véritable sanctuaire automobile. Pour progresser, on participe à des courses principales qui débloquent les chapitres de l’histoire, et à des événements secondaires pour accumuler les crédits et les ressources. Car dans Gear.Club, l’argent ne fait pas tout. Chaque amélioration mécanique demande des composants spécifiques. Cette boucle de gameplay, rouler, gagner, investir, améliorer, est l’essence même du titre. Le jeu nous force à sortir de la simple course pour nous intéresser à la logistique d’une écurie, une approche qui rappelle les grandes heures d’Eden Games et qui offre une satisfaction réelle quand on voit son garage se remplir de bolides rutilants.

Comment le Performance Shop sauve-t-il l’intérêt du titre ?

S’il y a un domaine où Gear.Club Unlimited 3 ne déçoit pas, c’est dans son Performance Shop. C’est sans doute l’aspect le plus addictif et le plus réussi du jeu. On n’est pas simplement face à une liste de menus froids ; on gère un espace physique. On place ses ateliers de soufflerie, de carrosserie ou de mécanique comme on disposerait les pièces d’une maquette géante. Voir ses voitures s’aligner dans ce centre de haute technologie procure un sentiment de propriété que peu d’autres jeux de course parviennent à égaler. C’est ici que l’on passe une grande partie de son temps, à ajuster un aileron, à changer la couleur des étriers de frein ou à tester une nouvelle configuration aérodynamique.

La grande force de ce système réside dans l’introduction des ingénieurs. On ne se contente plus d’acheter des pièces ; on recrute des talents. Ces ingénieurs, que l’on gagne au fil des courses, sont la clé de l’optimisation. On peut les assigner aux ateliers pour réduire les coûts de préparation ou les envoyer en mission sur la carte pour générer des bonus de ressources. Cette dimension stratégique, presque digne d’un RPG, donne une épaisseur bienvenue à la progression. Malheureusement, ce plaisir de la gestion de menus est un peu seul pour porter l’ensemble du jeu. On finit par se demander si Eden Games n’a pas mis plus de soin dans la conception de son garage que dans la physique de ses voitures sur la piste. On navigue avec plaisir entre les concessions interactives, on ouvre les capots, on admire les modélisations soignées des 40 voitures disponibles, mais l’appel de l’asphalte finit par devenir une source d’inquiétude tant le décalage entre la préparation et l’action est marqué.

Une arcade rigide qui peine à trouver son second souffle

Dès les premiers virages sur les routes sinueuses du Japon, la réalité du moteur physique nous saute au visage. Gear.Club Unlimited 3 s’assume comme un pur jeu de course arcade, mais il le fait avec une certaine raideur héritée de ses prédécesseurs. On sent immédiatement que les voitures semblent pivoter sur un axe central artificiel, une sensation qui prive le pilotage de toute notion de transfert de masse organique. Malgré l’arrivée salvatrice des gâchettes analogiques sur la Nintendo Switch 2, un ajout matériel qui permet enfin de doser l’accélération et le freinage avec une précision relative, le ressenti global reste désespérément plat. On ne lutte jamais vraiment contre son véhicule ; on le guide sur une trajectoire que le jeu veut la plus propre possible.

La philosophie de conduite privilégie l’efficacité pure au détriment du spectacle. Ici, le drift n’est pas récompensé. Au contraire, le système valorise les trajectoires chirurgicales et les dépassements propres via la jauge Unlimited, qui permet de doubler ses gains de ressources. Si cette approche peut séduire les puristes de la trajectoire, elle se heurte rapidement à une maniabilité qui manque de souplesse. On a parfois l’impression de diriger des blocs de métal très accrocheurs plutôt que des bolides de légende. Certes, on ressent une différence de poids entre une Lotus agile et une Bentley plus pataude qui sous-vire naturellement, mais ces nuances sont trop souvent gommées par un manque de répondant du moteur physique lors des situations d’urgence ou des corrections de trajectoire.

L’agressivité de l’IA et le piège des collisions

Le plus gros point noir de l’expérience en piste réside sans aucun doute dans le comportement des adversaires et la gestion des contacts. L’intelligence artificielle semble évoluer sur des rails invisibles, totalement aveugle à la présence de notre véhicule. Elle suit sa ligne de course avec une obstination qui frise l’impolitesse, n’hésitant pas à nous percuter ou à nous envoyer dans le décor pour ne pas dévier de son chemin. Cette agressivité est d’autant plus frustrante qu’elle s’accompagne d’un effet « aimant » particulièrement pénible : dès que l’on effleure une autre voiture, les deux carrosseries semblent fusionner, nous faisant perdre tout contrôle et nous projetant souvent hors de la piste de manière disproportionnée.

Ce cocktail devient explosif à cause d’un choix de design difficilement compréhensible en 2026 : l’absence totale de système de flashback. Dans un jeu d’arcade où une simple erreur de l’IA ou un bug de collision peut ruiner une course de plusieurs minutes, ne pas pouvoir rembobiner est une décision punitive qui n’apporte aucun plaisir de jeu. On se retrouve trop souvent obligé de recommencer une épreuve entière à cause d’un choc injuste subi dans le dernier virage. Ce manque de « filet de sécurité » transforme ce qui devrait être une session de jeu détente en une expérience stressante, où l’on finit par conduire avec une prudence excessive pour éviter tout contact avec une IA qui, elle, ne se prive pas de nous bousculer.

Duel et Highway : les véritables bouffées d’oxygène ?

Heureusement, Gear.Club Unlimited 3 parvient à briser la monotonie des circuits fermés grâce à ses nouveaux modes de jeu. Les séquences sur autoroute, que ce soit en France ou au Japon, sont sans doute les moments les plus marquants de ce nouvel opus. Le mode Highway Rush nous plonge au cœur d’un trafic dense où l’on doit slalomer à haute vitesse pour rallonger un chronomètre impitoyable. La densité des véhicules civils est impressionnante et demande des réflexes de tous les instants. C’est dans ces instants, où la précision du slalom l’emporte sur la technique de virage, que le jeu trouve enfin son rythme et nous procure une dose d’adrénaline bienvenue.

Les Duels, de leur côté, apportent une dimension psychologique intéressante. Directement inspirés des classiques du street-racing nocturne, ces face-à-face imposent de creuser un écart suffisant avec son rival pour vider sa jauge de vie. L’ambiance y est électrique, portée par les néons des autoroutes japonaises qui défilent à toute allure. C’est une variation bienvenue qui exploite mieux le concept de « club » et de rivalité que le mode histoire traditionnel. On regrette d’autant plus que ces moments de grâce soient si rares face à l’enchaînement de championnats plus classiques qui finissent par se ressembler tous, faute d’une mise en scène plus dynamique ou d’un renouvellement des tracés plus marqué sur les 50 circuits proposés.

Le choc de la réalité technique sur Nintendo Switch 2

Lorsqu’on insère une cartouche (ou que l’on lance un téléchargement) sur une console de la trempe de la Nintendo Switch 2 en 2026, on s’attend à une claque visuelle, ou du moins à un bond technologique significatif. Malheureusement, Gear.Club Unlimited 3 semble avoir manqué le coche de l’optimisation. Le studio propose pourtant deux options : un mode Qualité bloqué à 30 images par seconde et un mode Performance visant les 60 images par seconde. Si la fluidité du mode Performance est indispensable pour un jeu de course, elle se paie au prix fort. On se retrouve face à un aliasing persistant qui dessine des escaliers sur chaque ligne droite et un clipping omniprésent où des éléments du décor, comme la végétation ou les barrières de sécurité, apparaissent brusquement sous nos yeux.

Le constat est d’autant plus cruel que la comparaison avec d’autres titres de la machine, comme le récent portage de GRID Legends ou même des productions d’un tout autre genre comme Final Fantasy VII Intergrade, fait mal. Gear.Club 3 semble s’être contenté de monter la résolution de ses actifs graphiques sans réellement retravailler ses textures ou ses modèles polygonaux. L’asphalte manque de relief, l’herbe paraît plate et figée, et les environnements, bien que dépaysants sur le papier, manquent cruellement de vie. On a l’impression d’un moteur qui lutte contre lui-même pour afficher les néons de Tokyo ou les falaises de la French Riviera, avec des chutes de framerate régulières dès que plus de trois voitures s’affichent simultanément à l’écran. C’est une déception flagrante pour un titre qui aurait dû être la vitrine arcade de la console.

Une ambiance sonore en manque de coffre

L’immersion dans un jeu de course passe inévitablement par les oreilles, et c’est ici qu’Eden Games signe l’un de ses plus lourds revers. En l’absence de doublages pour porter un mode carrière déjà muet, tout repose sur les bruitages mécaniques. Hélas, le rugissement viscéral attendu pour des machines d’exception comme une Bugatti ou une Pagani se transforme ici en un sifflement synthétique décevant. Les moteurs manquent de graves, de puissance, évoquant parfois davantage le bruit d’appareils électroménagers que celui de cylindrées de prestige. Le mixage sonore est tout aussi problématique, les crissements de pneus couvrant souvent toute autre nuance mécanique, brisant toute velléité de réalisme acoustique.

Côté musique, le jeu nous propose des boucles rock, électro ou trap assez génériques qui tournent en rond sans jamais souligner l’intensité des courses. Il n’y a pas de montée en puissance sonore lors des derniers tours, pas de bruits de foule crédibles, ni même de communications radio pour donner du rythme à l’épreuve. On se retrouve dans un vide acoustique que l’on finit par combler en lançant sa propre playlist sur un appareil externe. Pour une licence qui met en avant des marques légendaires, ne pas avoir travaillé l’identité sonore de ces bijoux mécaniques est une faute qui achève de détacher le joueur de l’expérience proposée.

Un catalogue « Unlimited » mais paradoxalement restreint

Le titre de la franchise contient le mot « Unlimited », mais le contenu proposé dans ce troisième opus vient contredire cette promesse. Avec seulement 40 voitures au compteur, dont trois issues d’un DLC Performance Pack, le garage est moins fourni que celui de Gear.Club Unlimited 2 sorti il y a huit ans. On y retrouve certes des marques prestigieuses comme Porsche, BMW, Nissan, Ford ou Lotus, mais l’absence de modèles plus « populaires » ou de marques comme Chevrolet et Jaguar, présentes par le passé, réduit considérablement l’intérêt de la collection sur le long terme. Le catalogue se concentre presque exclusivement sur des hypercars inaccessibles, délaissant la diversité automobile qui fait le sel des jeux de course de salon.

Ce manque de diversité se ressent également dans la progression. Une fois que l’on a débloqué les quelques modèles phares et amélioré ses ateliers au maximum dans le Performance Shop, le sentiment de découverte s’estompe. Les 50 circuits, bien que répartis entre la France et le Japon, finissent par devenir redondants à cause d’un level design qui manque de folie. L’absence de multijoueur en ligne en temps réel est le dernier clou dans le cercueil de la durée de vie. Seuls les classements mondiaux pour les contre-la-montre et le mode multijoueur local en écran partagé permettent de prolonger un peu l’expérience. Pour un jeu vendu au prix fort en 2026, faire l’impasse sur une infrastructure en ligne solide est un choix risqué qui risque d’isoler rapidement les joueurs.

Questions fréquentes sur Gear.Club Unlimited 3

Est-il nécessaire d’avoir joué aux épisodes précédents sur Switch 1 ?
Absolument pas. Bien que le titre s’inscrive dans la continuité de la franchise d’Eden Games, Gear.Club Unlimited 3 propose une histoire totalement indépendante centrée sur l’implantation d’un nouveau club au Japon. Les mécaniques de gestion vous sont réexpliquées dès le départ, ce qui en fait un point d’entrée accessible pour les nouveaux venus sur Nintendo Switch 2.

Quelles sont les principales nouveautés par rapport à Gear.Club Unlimited 2 ?
La grande nouveauté réside dans l’arrivée des modes Highway et Duel sur les autoroutes nippones et françaises. Le jeu introduit également une vue cockpit pour la première fois dans la série, ainsi qu’une gestion plus poussée des ingénieurs pour optimiser vos ateliers. Enfin, le passage sur Switch 2 permet de profiter d’un mode Performance à 60 images par seconde, absent des opus originaux.

Le jeu propose-t-il un mode multijoueur complet ?
Le titre privilégie l’expérience locale. Vous pouvez affronter un ami en écran partagé dans le mode Partie Libre. En revanche, le multijoueur en ligne en temps réel est le grand absent de cet épisode. Seuls des classements mondiaux pour les épreuves de contre-la-montre permettent une forme de compétition asynchrone avec le reste de la communauté.

Comment fonctionne le système de personnalisation des voitures ?
La personnalisation se divise en deux branches : la performance et l’esthétique. Dans votre Performance Shop, vous installez des ateliers (soufflerie, moteur, pneus) que vous devez faire évoluer grâce à vos ressources et vos ingénieurs. Visuellement, vous pouvez modifier les carrosseries, ajouter des ailerons, changer les jantes ou la couleur des étriers pour créer des modèles uniques.

Notre verdict final

Gear.Club Unlimited 3 est un titre qui semble avoir calé au démarrage de la nouvelle génération. Si le Performance Shop reste une valeur sûre et que la gestion du garage est toujours aussi addictive pour les amateurs de collection, le reste de l’expérience peine à convaincre totalement. Entre une réalisation narrative datée marquée par un silence radio total, un gameplay arcade rigide dépourvu de fonction flashback et une technique qui ne fait pas honneur aux capacités de la Nintendo Switch 2, Eden Games livre une copie trop timide.

Le plaisir de la conduite est trop souvent entaché par une IA agressive et des collisions frustrantes, tandis que le catalogue de voitures, réduit à une quarantaine de modèles, laisse un sentiment de régression par rapport à l’opus précédent. C’est un jeu qui ravira les nostalgiques de l’ambiance « maquette » de la série et ceux qui cherchent une expérience arcade immédiate en mode portable, mais il aura bien du mal à rivaliser avec des concurrents comme GRID Legends, plus généreux et mieux finis. Gear.Club 3 possède un charme indéniable dans sa gestion de club, mais il manque cruellement de chevaux sous le capot pour s’imposer comme un incontournable de 2026.

Note finale : 60%

« Un garage de rêve enfermé dans un jeu qui n’a pas su passer la seconde sur la nouvelle console de Nintendo. »

Test réalisé sur Nintendo Switch 2 à partir d’une version commerciale fournie par l’éditeur.