Genre : Horreur asymétrique — Développeur & Éditeur : IllFonic — Supports : PC, PS5, Xbox Series — Sortie : 8 septembre 2026 (accès anticipé dès le 4 septembre) — Prix : environ 15 €
IllFonic connaît son sujet. Après avoir ressuscité Jason Voorhees dans Friday the 13th: The Game, donné du fil à retordre à la famille Sawyer dans The Texas Chain Saw Massacre, puis affronté un Predator et des clowns tueurs venus de l’espace, le studio américain s’attaque cette fois à l’un des monuments absolus du slasher : Halloween de John Carpenter, sorti en 1978. Sur le papier, le mariage entre le mythe du boogeyman d’Haddonfield et l’expertise d’IllFonic dans l’horreur multijoueur asymétrique avait tout pour nous convaincre. Manette en main, notre avis est plus nuancé qu’on ne l’espérait.
Retour à Haddonfield, version tutoriel
Le jeu s’ouvre sur un court mode histoire qui revient sur l’évasion de Michael Myers de l’hôpital psychiatrique de Smith’s Grove et son retour dans la petite ville tranquille où tout a commencé. Comptez à peine quelques heures pour en venir à bout : cette campagne sert avant tout de didacticiel, permettant d’apprendre à manier aussi bien Michael que les civils avant de basculer vers le véritable cœur du jeu, le multijoueur. L’idée de situer l’intrigue entre les événements du film original et le retour du tueur à Haddonfield partait d’une bonne intention, et nous avons apprécié la manière dont elle installe l’ambiance dès les premières minutes. Elle a toutefois tendance à trop expliquer les origines du tueur à notre goût, au risque de briser un peu le mystère qui fait justement toute la force du personnage au cinéma.
The Shape contre Haddonfield
Une fois lancé en multijoueur, le concept prend tout son sens : un joueur incarne Michael Myers, jusqu’à quatre autres tentent de lui échapper. Mais IllFonic ajoute une variante notable par rapport à ses productions précédentes : les survivants ne doivent pas seulement s’enfuir, ils doivent aussi retrouver et convaincre des civils contrôlés par l’intelligence artificielle de les suivre, avant de trouver un moyen de fuite. Une mécanique qui change la donne en nous poussant à prendre des risques pour aider les autres plutôt qu’à foncer droit vers la sortie la plus proche.
Côté Michael, le pari est plus audacieux : le personnage se déplace volontairement au ralenti, fidèle à son comportement dans les films, où il n’a jamais eu besoin de courir pour rattraper ses victimes. Pour compenser, il dispose d’un mode Shape qui le transforme en silhouette spectrale capable de glisser dans l’obscurité, de traverser certaines portes et de se téléporter ponctuellement rendant la gestion de la lumière absolument centrale dans chaque partie. C’est à nos yeux l’une des meilleures idées du jeu, tant elle colle à l’essence du personnage : la tension vient ici de sa présence plutôt que de sa vitesse. Nous restons en revanche plus partagés sur le reste de son arsenal : frapper, saisir une victime, dont la lenteur le rend parfois difficile à utiliser face à des civils bien plus rapides, ce qui nous a forcés à jouer quasi exclusivement la carte de la filature furtive.
Sauver, fuir ou se battre
Du côté des civils, la formule est plus classique : fouiller les maisons pour trouver des armes et ressources, neutraliser temporairement Michael sans jamais pouvoir l’éliminer, et surtout coopérer pour maximiser les chances de survie du groupe. Les exécutions, elles, ne font pas dans la dentelle : étranglement, empalement, mise en scène macabre à base d’éléments du décor, la violence graphique est clairement assumée et rappelle par moments l’esprit de Manhunt. Autre idée intéressante : les joueurs éliminés ne sont pas simples spectateurs, puisqu’ils peuvent participer à de petits QTE et parfois revenir en jeu sous la forme d’un adjoint, voire du docteur Loomis, pour prêter main forte à leurs anciens coéquipiers.
Un potentiel plombé par le manque de polish
Sur ce point, en revanche, notre expérience a été sans appel : Halloween: The Game souffre d’un déficit de finition qui pèse lourd sur l’expérience. Chutes de framerate, bugs de collision, animations mal synchronisées ou carrément cassées, interactions capricieuses, système audio parfois défaillant, un problème particulièrement gênant dans un jeu où repérer un bruit dans la bonne direction est souvent vital, et une intelligence artificielle des civils jugée peu convaincante, capable de rester plantée sur place alors que Michael vient de massacrer tout le quartier. Une déception d’autant plus frustrante que l’ambiance visuelle, elle, fait l’unanimité : la reconstitution d’Haddonfield et de son esthétique fin des années 70 (maisons, voitures, mobilier d’époque) est saluée comme l’un des points forts les plus solides de la production.
Le mythe est là, la finition doit suivre
IllFonic a clairement posé de bonnes bases avec ce nouvel épisode de sa collection de licences horrifiques, mais le jeu nous a donné l’impression d’être sorti un peu trop tôt. Reste à voir si les correctifs promis viendront combler l’écart entre ces fondations prometteuses et une expérience encore trop rugueuse en l’état.
Notre avis
Halloween: The Game a le mérite de proposer de vraies idées pour incarner Michael Myers autrement qu’en simple sprinteur sanguinaire, et sa mécanique de sauvetage des civils apporte un supplément d’âme bienvenu au genre asymétrique. Mais entre un mode solo trop anecdotique, un équilibrage discutable entre lenteur et efficacité du tueur, et surtout une couche technique clairement perfectible au lancement, le jeu peine à transformer ce potentiel en expérience pleinement convaincante. Les amateurs du genre pourront y trouver leur compte, surtout si les correctifs promis arrivent rapidement ; les puristes de la saga, eux, risquent de rester sur leur faim.
Les plus :
- Une interprétation originale de Michael Myers, fidèle à sa lenteur caractéristique
- Le sauvetage des civils, une mécanique qui renouvelle vraiment le genre asymétrique
- Une reconstitution d’Haddonfield très réussie visuellement
- Des exécutions nombreuses et graphiques
- La possibilité de rester impliqué après sa mort (adjoint, Dr Loomis)
Les moins :
- De nombreux bugs et problèmes techniques au lancement
- Une IA des civils peu convaincante
- Un mode solo très court, réduit à un simple tutoriel
- Un équilibrage contesté entre la lenteur de Michael et l’efficacité des civils
- Un concept d’horreur asymétrique qui ne fait pas l’unanimité pour cette licence précise
Note : 6/10





