Genre : Action-RPG — Développeur : Game Freak — Éditeur : Fictions — Supports : PC, PS5, Xbox Series (disponible day one sur Game Pass) — Sortie : 4 août 2026
Un action-RPG signé Game Freak, sans Pikachu ni Pokéball à l’horizon : l’annonce avait de quoi surprendre. Le studio japonais, habitué à sortir un Pokémon quasiment chaque année avec le succès commercial que l’on connaît mais une réputation technique de plus en plus écornée, s’offrait ici un vrai pas de côté, dans la lignée de curiosités passées comme Tembo the Badass Elephant ou Drill Dozer, mais avec des moyens sans commune mesure. Beast of Reincarnation avait donc quelque chose à prouver. Un mois après sa sortie, le jeu affiche un score honorable sur Metacritic (73), mais surtout des avis étonnamment tranchés selon les rédactions, entre franche adhésion et déception mesurée.
Un Japon dévoré par la Corruption
L’histoire se déroule en l’an 4026. Tous les cent ans, une entité appelée la Bête de la Réincarnation s’éveille et répand une Corruption qui contamine faune et flore d’un Japon méconnaissable, envahi par une végétation hostile. Pour survivre, l’humanité en est venue à transférer la conscience des vivants dans des automates. On y incarne Emma, une jeune Scelleuse capable d’absorber l’énergie de créatures mystiques appelées les Nushi, accompagnée dans sa quête par Koo, un loup géant mutant.
L’inspiration ne se cache pas : on pense immédiatement à l’univers post-apocalyptique et végétal de Nier: Automata, avec une pointe de Miyazaki dans l’ambiance. Les premières heures fonctionnent bien à ce niveau-là, portées par la relation entre Emma et son compagnon canin, plusieurs testeurs soulignent à quel point Koo, loin d’être un simple gadget, s’impose comme un vrai personnage attachant, capable d’ouvrir des passages, de déchirer un ennemi en pleine bataille ou d’alerter d’un danger. En revanche, l’écriture peine à tenir la distance sur la durée : le comportement assez lisse de l’héroïne et un scénario qui s’essouffle après une introduction prometteuse laissent, pour certains testeurs, un goût de déjà-vu.
Un système de combat qui divise
Sur le plan du gameplay, Beast of Reincarnation assume ses références : la parade façon Sekiro, une pause active pour diriger les capacités de Koo façon Final Fantasy VII Remake, et une ambition clairement tournée vers les productions From Software, sans pour autant en reprendre toute l’exigence ni la barre d’endurance. C’est là que les avis divergent le plus nettement. Certains testeurs saluent un système technique et punitif, où lire l’adversaire et attendre la bonne fenêtre de parade procure de vraies sensations, avec des affrontements de boss jugés percutants et satisfaisants. D’autres, à l’inverse, pointent des combats qui manquent de mordant et de précision, avec une impression de frapper dans du beurre plutôt que dans de la chair, loin du niveau de références du genre comme Stellar Blade ou Lies of P.
Un reproche revient en tout cas de façon quasi unanime : la réutilisation massive des boss, certains étant affrontés jusqu’à six fois au fil de l’aventure, sans variation notable de leurs patterns. Couplé à un bestiaire classique et à seulement trois biomes explorés sur la douzaine de chapitres que compte le jeu, ce recyclage nourrit une certaine lassitude passé la mi-parcours, même si le rythme regagne en intensité sur la dernière ligne droite.
Beaucoup d’outils, pas toujours utiles
Le jeu ne manque pourtant pas d’ambition sur la personnalisation : effets passifs, attaques élémentaires, bonus de soin à répartir entre les armes d’Emma et les capacités de Koo permettent de construire des builds variés. Problème relevé par plusieurs tests : la difficulté standard n’oppose pas une résistance suffisante pour justifier cet investissement, rendant l’exercice plus cosmétique qu’essentiel en dehors des modes de difficulté supérieurs. La gestion du hub central, où l’on dépense les ressources récoltées sur le terrain, est elle aussi jugée plus fastidieuse que réellement gratifiante.
Le plus beau jeu jamais sorti du studio
Un point met tout le monde d’accord : la direction artistique. Tourné sous Unreal Engine 5, Beast of Reincarnation est unanimement salué comme le plus beau jeu jamais produit par Game Freak, à mille lieues de l’imagerie pastel de la licence Pokémon — un Japon sombre, végétal, cohérent, porté par une bande-son convaincante malgré un certain manque de variété. Revers de la médaille : le titre hérite aussi des travers classiques d’UE5, avec des textures qui mettent du temps à se charger et des performances parfois aléatoires, même après le patch de lancement.
Notre avis
Beast of Reincarnation illustre à merveille l’idée d’un potentiel réel, mais inégalement exploité. La direction artistique impressionne, la relation entre Emma et Koo touche juste, et le système de combat, aussi clivant soit-il, séduira les amateurs de challenge technique prêts à passer outre quelques scories de jeunesse. Mais la répétition des boss, la faible variété des environnements et une écriture qui s’essouffle empêchent le jeu de vraiment rivaliser avec ses illustres modèles. Un premier vrai coup d’essai pour Game Freak hors de sa zone de confort, suffisamment prometteur pour qu’on ait envie de voir ce que le studio en fera la prochaine fois — d’autant qu’il est disponible dès le lancement sur le Xbox Game Pass, ce qui en fait un pari à moindre risque pour les abonnés curieux.
Les plus :
- La plus belle réalisation jamais produite par Game Freak
- Koo, un compagnon canin réellement attachant
- Un système de parade technique et gratifiant pour qui aime le challenge
- De vraies possibilités de personnalisation des builds
- Disponible day one sur le Game Pass
Les moins :
- Des boss recyclés jusqu’à l’excès (jusqu’à six répétitions du même combat)
- Seulement trois biomes explorés sur toute l’aventure
- Une écriture qui s’essouffle après une introduction prometteuse
- Des combats jugés parfois imprécis et sans impact
- Problèmes techniques hérités d’Unreal Engine 5 (textures, performances)
Note : 7/10



