Attendu comme la rencontre prometteuse entre le cinéma fantastique d’auteur et le blockbuster à gros budget, La Fin de Oak Street (Flowervale Street) de David Robert Mitchell s’avère être une cruelle désillusion. Entre effets spéciaux datés, casting à côté de la plaque, échec cuisant au box-office et tension aux abonnés absents, retour sur un ratage dans les règles de l’art.
Il y avait pourtant de quoi être légitimement intrigué lors de l’annonce du projet. Mettre David Robert Mitchell — l’homme qui avait asséné une véritable claque horrifique au cinéma mondial avec It Follows en 2014, avant de livrer l’envoûtant et névrotique Under the Silver Lake — aux commandes d’un blockbuster signé Warner Bros affichant un budget colossal de 85 millions de dollars avait tout du pari audacieux. On se prenait à rêver d’une rencontre au sommet entre la sensibilité visuelle d’un auteur indépendant hyper doué et la puissance de feu financière d’un grand studio hollywoodien. Le résultat final à l’écran tient pourtant du désastre calibré : une série B tiède, lissée jusqu’à la moelle par les impératifs de production, qui échoue sur absolument tous les tableaux et s’impose comme l’un des rendez-vous manqués les plus amers de l’année.
Un concept intriguant qui s’essouffle en vingt minutes
Pourtant, il serait injuste de nier que l’idée de départ ne manquait pas de potentiel. Installer une dynamique familiale à la fin des années 80 au cœur d’une banlieue résidentielle américaine apparemment paisible, puis y injecter une menace préhistorique fantastique, possédait ce petit charme rétro qui aurait pu faire des merveilles. Malheureusement, une fois cette note d’intention initiale consommée et le décor posé, le récit s’enfonce très rapidement dans une paresse d’écriture déconcertante. L’histoire, d’une banalité affligeante, déroule une intrigue linéaire sans le moindre rebondissement mémorable ni le moindre sous-texte valable. On assiste médusé à un déroulé mécanique où chaque scène semble n’être que la répétition paresseuse de la précédente.
Mais le plus grand crime du film reste sans aucun doute son incapacité totale à générer le moindre sentiment de danger ou d’angoisse. Pire encore pour un long-métrage censé jouer sur le suspense, la claustrophobie et la terreur, la tension y est strictement inexistante. Là où It Follows brillait par sa mise en scène magistrale du malaise, son découpage d’une précision chirurgicale et son utilisation clinique du hors-champ, David Robert Mitchell livre ici un spectacle désespérément plat. Les créatures fantastiques et préhistoriques apparaissent bien trop souvent en plein jour, sans la moindre atmosphère poisseuse ou mystérieuse pour accompagner leur venue. En désamorçant systématiquement le moindre sentiment de menace, le film transforme ce qui devait être une traque haletante en une promenade de santé parfaitement prévisible.
Effets visuels au rabais et casting aux abonnés absents
Pour une production d’une telle ampleur, ouvertement pensée comme un hommage appuyé aux grands divertissements familiaux et aux films de monstres des années 80 façon Jurassic Park, le naufrage technique s’avère particulièrement flagrant. Les effets spéciaux manquent cruellement d’impact, de matière et de présence physique. À aucun moment le spectateur ne ressent le poids, la menace ou l’incarnation réelle des créatures qui évoluent à l’écran. On se retrouve bombardé d’images de synthèse génériques, lisses et sans relief, qui peinent à convaincre et rappellent davantage les cinématiques d’un jeu vidéo de seconde zone qu’une grande fresque de cinéma destinée aux salles obscures.
Côté distribution, le constat n’est guère plus reluisant et frôle par moments le naufrage artistique. Dès les premières minutes du métrage, une Anne Hathaway étrangement méconnaissable et un Ewan McGregor visiblement en roue libre peinent à insuffler la moindre étincelle à leurs séquences partagées. Le duo central ne fonctionne à aucun moment : l’alchimie est totalement absente et leurs personnages respectifs restent englués dans des archétypes superficiels auxquels il est rigoureusement impossible de s’attacher. Entre une interprétation distante, un maquillage de fin de combat frôlant parfois le ridicule et des dialogues d’une platitude confondante, les acteurs eux-mêmes semblent subir le film plus qu’ils ne le portent.
Un naufrage retentissant au box-office mondial
Cette accumulation de choix artistiques douteux et ce cruel manque de personnalité n’ont pas tardé à se payer cash au box-office. Avec un budget de production officiellement fixé à 85 millions de dollars — auquel il convient d’ajouter plusieurs dizaines de millions pour la campagne marketing internationale —, La Fin de Oak Street devait impérativement dépasser la barre des 200 millions de dollars à l’échelle mondiale pour espérer simplement rembourser ses frais. Le verdict du public a été sans appel : le film s’est lamentablement écrasé dans les salles, ne récoltant qu’un timide total mondial d’environ 117 millions de dollars.
Après un démarrage déjà très poussif sur le territoire américain, le mauvais bouche-à-oreille et l’accueil glacial de la presse spécialisée ont fini de sceller son sort. Dès sa deuxième semaine d’exploitation, la fréquentation dans les salles s’est effondrée de près de 60 %, signant la mort cérébrale du film au cinéma. Pour Warner Bros, l’addition est particulièrement salée avec une perte nette estimée à plusieurs dizaines de millions de dollars. Ce type de four financier retentissant est exactement le genre de cas d’école qui refroidit durablement les grands studios hollywoodiens lorsqu’il s’agit d’accorder une liberté financière à des réalisateurs issus de la scène indépendante.
Le broyeur d’auteurs d’Hollywood striking again
En fin de compte, La Fin de Oak Street illustre jusqu’à la caricature le piège mortel qui guette les cinéastes visionnaires lorsqu’on les catapulte à la tête d’un rouleau compresseur hollywoodien. Broyé par le cahier des charges rigide d’un studio en pleine restructuration industrielle, David Robert Mitchell signe un film anonyme, dénué de toute aspérité, conçu pour être consommé rapidement et oublié dans la foulée. Toute la patte visuelle, la poésie étrange et la radicalité qui faisaient le sel de ses précédentes œuvres se sont entièrement dissoutes dans la machine à laver des comités de validation.
Alors que l’industrie du cinéma américain traverse une crise de créativité majeure et que les méga-fusions entre géants comme Paramount et Warner menacent d’industrialiser encore un peu plus la production au profit d’algorithmes de visionnage, ce genre de rendez-vous manqué fait particulièrement mal. Il rappelle à quel point le blockbuster moderne peine à laisser de la place aux vraies visions d’auteurs dès lors qu’il s’agit de manier des budgets colossaux. Pour retrouver la trace du talent brut de Mitchell, il faudra désormais attendre son retour au cinéma indépendant avec They Follow, la suite directe de son chef-d’œuvre horrifique. En attendant, La Fin de Oak Street restera comme une triste note de bas de page dans sa filmographie.
Verdict EssentielActu : 1,5 / 5
