Développeur : Behaviour Interactive · Éditeur : Devolver Digital · Plateformes : PC, PlayStation 5, Xbox Series X|S · Sortie : 31 août 2026 · Joueurs : 1 à 5 (solo/coop)
Sam Stone, version multivers
Ça fait vingt-cinq ans que Sam « Serious » Stone dégomme des hordes de Kleer et de kamikazes hurlants en gardant toujours le sourcil levé et la punchline prête, façon croisement entre Duke Nukem et un GI Joe qui aurait trop regardé Rambo. Vingt-cinq ans, et pourtant l’idée derrière Shatterverse a de quoi surprendre : cette fois, Mental, le grand méchant increvable de la saga, ne se contente plus de vouloir la peau de Sam, il a carrément fissuré la barrière entre les univers. Résultat : plusieurs versions de notre héros, venues de réalités parallèles, doivent s’associer au sein d’un « Programme Sérieux » pour recoller les morceaux du multivers et aller casser la figure aux cinq lieutenants de Mental.
Sur le papier, c’est le genre de pitch qui sent bon le n’importe-quoi assumé, un peu comme si Rick et Morty avaient été engagés pour scénariser un DLC. Et confié à Behaviour Interactive, le studio derrière Dead by Daylight qui n’avait jamais touché à un FPS musclé de ce genre auparavant, le pari est encore plus casse-gueule. Sauf que cette fois, l’ambition ne se limite pas au scénario : Shatterverse abandonne les grandes campagnes linéaires bourrées d’easter eggs qui ont fait la réputation de la série pour embrasser un format roguelite, généré procéduralement, pensé avant tout pour le jeu à plusieurs. Un virage à 90 degrés qui mérite qu’on s’y attarde.
De la fusillade à la spirale infernale
Concrètement, chaque run vous envoie dans une succession d’arènes façonnées à la main mais assemblées de façon aléatoire, un peu à la manière d’un Hadès ou d’un Returnal, mais avec le degré zéro de subtilité qui a toujours fait la marque de fabrique de la franchise. On avance de salle en salle, on déclenche des vagues d’ennemis, on ramasse des améliorations temporaires, et on recommence, en espérant aller un peu plus loin à chaque tentative. Entre deux excursions, un système de progression permanente permet de débloquer de nouvelles armes et de nouveaux bonus grâce à une monnaie récoltée sur le terrain, sur le papier, une mécanique de motivation classique du genre, mais qui pose ici un vrai problème d’équilibrage : au tout début de l’aventure, on se retrouve cantonné au pistolet, au fusil à pompe et à la mitraillette de base, pendant que le reste de l’arsenal mythique de la série reste enfermé derrière un mur de grind. Autant dire que les retrouvailles avec le lance-flammes ou le canon Gatling se méritent, et pas toujours pour les bonnes raisons.
Côté sensations pures, en revanche, la mécanique tient globalement la route. Les développeurs ont eu l’intelligence de reprendre la recette qui a toujours fonctionné : ramasser une arme, c’est ramasser des munitions illimitées, viser à peu près dans la bonne direction suffit, et l’important est de ne jamais arrêter de bouger, un peu comme si on demandait à un lévrier de jouer les snipers. Les exécutions rapprochées, façon glory kill emprunté sans complexe au dernier Doom, viennent en plus regonfler la barre de vie, ce qui pousse à foncer dans le tas plutôt qu’à camper façon sniper planqué derrière un buisson. C’est nerveux, ça défoule, et ça retrouve par moments cette sensation très « boomer shooter » qui a fait le charme des tout premiers épisodes.
Le multivers, c’est sympa, mais un peu vide
L’autre argument de vente du jeu, ce sont ces multiples Sam venus d’ailleurs, chacun avec ses propres capacités. L’idée est bonne, qui n’a jamais rêvé de croiser une version barbue de lui-même dans un couloir spatio-temporel, mais l’exécution laisse un goût d’inachevé. Impossible de personnaliser son propre Sam, de débloquer des tenues, des coiffures ou des skins d’armes qui donneraient envie de refaire des dizaines de runs supplémentaires : on incarne un casting fixe de personnages, sympathiques mais qui ne suffisent pas, à eux seuls, à donner au titre la fameuse « durée de vie infinie » qu’on attend généralement d’un bon roguelite. Une aventure complète en ligne droite se boucle d’ailleurs en une vingtaine d’heures, ce qui reste correct sans être exceptionnel pour le genre.
Petite consolation : les dialogues entre les différentes versions de Sam, eux, fonctionnent plutôt bien. Les vannes fusent tout au long des parties, sans trop se répéter, et si toutes les blagues ne font pas systématiquement mouche, on sent que les équipes de Behaviour ont compris l’ADN de la licence, cette espèce d’auto-dérision testostéronée qui évoque un vieux film d’action des années 90 regardé un dimanche soir, cerveau en pause.
Un chaos qui manque encore de stabilité
Là où le bât blesse davantage, c’est sur la partie technique et l’équilibrage. La génération procédurale entraîne des pics de difficulté assez hasardeux : certaines salles s’enchaînent sans accroc, d’autres transforment brutalement une partie tranquille en carnage impossible à gérer, sans réelle logique de progression. En multijoueur, les soucis d’infrastructure réseau viennent s’ajouter à la liste, avec des connexions parfois capricieuses qui cassent le rythme d’une session entre potes, un comble pour un jeu pensé avant tout pour être vécu à plusieurs, jusqu’à cinq joueurs simultanément. Quelques bugs viennent également s’inviter à la fête, sans être bloquants mais suffisamment présents pour rappeler qu’on a affaire à un titre encore jeune.
Sur le plan visuel, rien à redire : le jeu est propre, coloré, lisible même quand l’écran se remplit de dizaines d’ennemis, et les habitués reconnaîtront avec plaisir des décors et des monstres emblématiques de la saga, de l’Égypte antique aux hurleurs sans tête, en passant par les inévitables taureaux mécaniques kleeriens. C’est loin d’être une claque technique, mais ça fait le travail sans jamais ramer.
Points forts / Points faibles
On a aimé :
- Le gameplay run-and-gun toujours aussi jouissif, fidèle à l’esprit de la série
- L’humour et les répliques qui claquent entre les différents Sam
- Une direction artistique lisible, colorée, qui régale les nostalgiques
- Une bonne base de roguelite coopératif, avec un vrai potentiel
On a moins aimé :
- Un déblocage d’armes beaucoup trop lent en début de partie
- Une difficulté procédurale mal calibrée par moments
- Des soucis de connexion en multijoueur qui plombent l’expérience coop
- Un manque de personnalisation qui limite l’envie de s’accrocher sur la durée
Verdict
Serious Sam: Shatterverse, c’est un peu le pote bodybuildé qui débarque à la soirée costumée déguisé en héros de jeu vidéo indé, l’intention est là, l’énergie aussi, mais le costume ne tombe pas encore parfaitement. Le mélange entre boomer shooter et roguelite coopératif fonctionne suffisamment bien pour qu’on ait envie d’enchaîner les runs entre amis, porté par des sensations de tir toujours efficaces et un humour qui ne se prend jamais au sérieux. Mais entre la progression trop verrouillée, les pics de difficulté hasardeux et une infrastructure réseau perfectible, le jeu ressemble encore à un chantier avec un immense potentiel, plus qu’à une œuvre totalement aboutie. Un bon défouloir à réserver aux fans purs et durs de la licence ou aux amateurs de roguelite en quête de nouveauté, les autres pourront attendre sereinement les premiers patchs correctifs avant de plonger dans le multivers.
Note : 6,5/10 — Sérieusement fun, mais sérieusement perfectible.



