Genre : Roguelite / Casse-brique / Gestion — Développeur : Kenny Sun — Éditeur : Devolver Digital — Supports : PC, PS5, Xbox Series, Switch, Switch 2 — Prix : environ 15 €
Difficile de rater l’annonce de Ball x Pit : le jeu avait eu l’honneur d’être la seule production mise en avant lors de la conférence Devolver au Summer Game Fest 2025, portée par une présentation aussi décalée que le reste de son univers. Un traitement de faveur presque logique pour Kenny Sun, développeur solo déjà remarqué avec Mr. Sun’s Hatbox ou la série des Yankai. Un an après sa sortie, régulièrement enrichi par des mises à jour gratuites, le titre mérite qu’on y consacre l’un de nos tests pour comprendre ce qui a transformé ce petit casse-brique en phénomène chez les amateurs de roguelite.
Une météorite, un trou, des béboules
Le postulat tient en une phrase : la cité de Ballbylone a été rayée de la carte par une météorite, laissant derrière elle un gouffre immense que des chasseurs de trésors viennent explorer couche après couche. L’histoire ne va guère plus loin, le jeu misant tout sur son gameplay plutôt que sur une narration développée. On saluera au passage la traduction française, qui s’amuse avec malice de tout le champ lexical de la boule, les fameuses « béboules » qui reviennent dans la bouche de tous les testeurs.
Concrètement, chaque niveau reprend le même schéma : on incarne un personnage qui envoie automatiquement ou manuellement des projectiles vers des vagues d’ennemis descendant depuis le haut de l’écran, un peu à la manière d’un Arkanoid qui aurait croisé la route d’un Vampire Survivors. Deux joysticks suffisent : l’un pour se déplacer, l’autre pour ajuster l’angle de tir. La prise en main est immédiate, et c’est bien là toute la force du titre, un système lisible en quelques minutes, mais qui va se complexifier très vite.
Fusionner, faire évoluer, recommencer
Le véritable moteur du jeu se trouve dans son système de combinaison des boules. Chaque personnage peut transporter jusqu’à quatre boules spéciales et quatre bonus passifs, chacun montant jusqu’au niveau 3 grâce à l’expérience récoltée sur les ennemis vaincus. À chaque montée de niveau, trois propositions s’offrent à vous, avec la possibilité de relancer contre de l’or.
Périodiquement, des orbes spéciaux permettent d’aller plus loin : la fusion combine deux boules déjà montées au niveau 3 pour n’en faire qu’une seule, plus puissante et libérant un emplacement ; l’évolution, elle, transforme deux boules compatibles en une toute nouvelle capacité aux effets inédits, impossible à obtenir autrement. C’est cette mécanique de laboratoire, où l’on cherche la bonne synergie entre boule de feu, effet de poison ou capacité électrique, qui pousse à relancer une partie de plus, sans que le jeu ne bascule jamais dans la complexité illisible.
Reconstruire Nouvelle-Ballbylone
Entre deux descentes, place à la gestion. Les runs réussies rapportent des plans de construction permettant d’ériger des logements débloquant de nouveaux personnages jouables, des bâtiments de ressources, ou des structures militaires renforçant durablement les statistiques du groupe. Chaque personnage a sa propre spécialité de gameplay : certains changent radicalement l’approche, comme celui qui transforme l’action en un système au tour par tour, ou celui qui tire depuis le haut plutôt que le bas de l’écran. Cette diversité est la meilleure arme du jeu contre la lassitude, puisque la structure des niveaux, elle, reste identique d’une strate à l’autre : vagues classiques, mini-boss, puis boss final.
C’est d’ailleurs le principal point faible relevé unanimement par la presse : passé un certain nombre d’heures, la routine s’installe, les niveaux se ressemblant fortement et les combats de boss n’évoluant pas énormément après une première rencontre. Un revers presque logique pour un jeu pensé pour de courtes sessions plutôt que pour un marathon.
Une valeur qui grandit avec le temps
Ce qui distingue vraiment Ball x Pit de la concurrence, c’est son suivi après lancement. Kenny Sun continue d’ajouter gratuitement de nouveaux personnages, boules et évolutions plusieurs mois après la sortie, redonnant régulièrement une raison de replonger dans le gouffre. Une politique généreuse qui explique en grande partie pourquoi le jeu continue de faire parler de lui, bien après son lancement initial.
Côté forme, la direction artistique fait mouche : les environnements changent de thème à chaque strate (nécropole, jungle et bien d’autres), les effets de particules sont nombreux sans jamais nuire à la lisibilité, et la bande-son accompagne parfaitement le rythme effréné des runs, quitte à devenir un peu répétitive sur la durée.
Notre avis
Ball x Pit tient son pari : réinventer un genre vieux de quarante ans en le croisant intelligemment avec les codes du roguelite moderne. La boucle de jeu, addictive et immédiatement gratifiante, en fait un compagnon idéal pour les sessions courtes, dans les transports, avant de dormir, ou entre deux jeux plus exigeants. La richesse du système de fusion et la générosité des mises à jour gratuites compensent largement une structure de niveaux répétitive et des affrontements de boss qui manquent de renouvellement. Un excellent jeu de chevet, à picorer plutôt qu’à dévorer d’une traite.
Les plus :
- Un système de fusion des boules riche et gratifiant
- Prise en main immédiate, profondeur qui vient ensuite
- Direction artistique soignée et lisible malgré le chaos à l’écran
- Suivi post-lancement généreux et régulier
- Excellent rapport qualité-prix
Les moins :
- Structure des niveaux très répétitive
- Boss peu renouvelés après la première rencontre
- Gestion de la ville un peu anecdotique sur la durée
Note : 8/10



