Après six ans de patience et des détours remarqués par la Chine ancienne ou le Japon du Bakumatsu, la Team Ninja revient enfin à sa licence fétiche. Disponible depuis le 6 février 2026 sur PS5, Xbox Series et PC, nioh 3 n’est pas qu’une simple suite : c’est une métamorphose profonde. En délaissant le format classique des missions découpées pour adopter la structure des « open fields », cet opus tente le pari fou de concilier la liberté d’exploration moderne et la précision chirurgicale du combat technique qui a fait la renommée de la série.
Une narration réinventée : le poids du sang et de l’amrita
le destin brisé de takechiyo : entre histoire et tragédie
L’intrigue de nioh 3 nous plonge en 1622, une année charnière pour le shogunat tokugawa. La paix d’Edo, bien qu’établie, est menacée par des forces souterraines que la diplomatie ne peut contenir. Vous incarnez tokugawa takechiyo, un personnage inspiré de la figure historique réelle mais réécrit pour s’intégrer dans le lore fantastique de la série. Contrairement à william (nioh 1) ou hide (nioh 2), takechiyo possède une voix et une motivation personnelle beaucoup plus ancrée : la trahison fraternelle.
Le prologue nous montre la chute du château de sunpu, orchestrée par kunimatsu, le frère de takechiyo. Ce dernier, possédé par une entité liée à l’amrita noir, cherche à briser l’équilibre du monde. Cette rivalité fraternelle sert de fil conducteur à une quête qui vous emmènera aux quatre coins de l’archipel. La narration gagne ici en clarté ; là où les précédents épisodes se perdaient parfois dans une multitude de personnages historiques secondaires, nioh 3 se concentre sur cette relation toxique et les conséquences humaines de la guerre contre les yokai.
la faille temporelle : une mécanique narrative et visuelle
Pour contrer kunimatsu, takechiyo découvre le pouvoir de voyager dans le passé grâce à un artefact légué par sa mère. Cette mécanique est centrale. Le jeu vous permet de revisiter des lieux emblématiques à deux époques différentes : 1622 (le présent dévasté) et 1572 (l’apogée de l’ère sengoku). Ce n’est pas qu’un artifice visuel. Les sources historiques et les dialogues varient selon l’époque, et certains secrets ne peuvent être débloqués qu’en modifiant le passé pour voir les répercussions dans le présent. Cela permet au studio d’inclure des figures légendaires comme oda nobunaga ou hattori hanzo sans que cela ne paraisse forcé chronologiquement.
Les open fields : une nouvelle philosophie du level design
densité contre immensité
La plus grande crainte des fans était de voir nioh se transformer en un monde ouvert vide. La team ninja a répondu par les « open fields ». Au lieu d’une carte unique gigantesque, le jeu se divise en cinq régions massives (comme la province de shinano ou les côtes de kyushu). Chaque région est un écosystème complexe où le level design vertical de la série s’exprime pleinement.
On retrouve la structure « en oignon » : vous commencez dans une zone restreinte, et au fil de votre exploration, vous débloquez des raccourcis (échelles, ascenseurs, portes verrouillées de l’intérieur) qui ramènent systématiquement au sanctuaire principal du secteur. La disparition des écrans de chargement entre les sous-zones change radicalement l’immersion. Passer d’une forêt de bambous infestée de gaki à un temple de montagne en ruine se fait de manière organique, sans jamais briser le rythme de l’aventure.
le niveau d’exploration et les récompenses
L’exploration est récompensée par une statistique inédite : le niveau d’exploration. En trouvant des kodama, en purifiant des sanctuaires mineurs ou en aidant des pnj perdus dans les open fields, vous débloquez des points de compétence passifs. Cela pousse le joueur à ne pas foncer en ligne droite vers l’objectif principal. Chaque campement ennemi, chaque grotte cachée derrière une cascade devient une opportunité de renforcer takechiyo avant le boss de la zone. Cette structure permet aussi de lisser la difficulté : si un boss est trop difficile, explorer le reste de l’open field permet de gagner en puissance sans avoir l’impression de « farmer » bêtement.
Le gameplay : l’art de la dualité samouraï-ninja
le style-switching : une révolution technique
Le cœur battant de nioh 3 réside dans son système de « dualité ». La team ninja a réussi un coup de maître en intégrant deux styles de jeu complets au sein d’un même build, sans forcer le joueur à passer par des menus de respécialisation. d’une simple pression sur le bouton dédié, takechiyo change de posture physique, de set d’équipement visible et de frame data.
Ce système repose sur une gestion fine de deux identités guerrières :
- le style bushï (samouraï) : C’est le style de l’engagement direct. il s’appuie sur la gestion classique des trois postures (haute, moyenne, basse). la posture haute permet de briser les gardes les plus solides, tandis que la posture moyenne offre une stabilité défensive accrue. la grande nouveauté du bushï est le « contre de posture » : en bloquant au moment précis de l’impact, takechiyo effectue une déviation qui consomme le ki de l’adversaire plutôt que le sien.
- le style kage (ninja) : Ce style redéfinit la mobilité dans la série. en mode kage, vous perdez la capacité de blocage lourd, mais vous gagnez un double-saut, un grappin et une esquive dash ultra-rapide appelée « brume ». le kage utilise des armes plus courtes (kusarigama, griffes) et permet de porter des attaques aériennes inédites, essentielles pour atteindre les points faibles des yokai de grande taille.
la maîtrise des postures et le burst break
Les postures ne sont plus de simples modificateurs de dégâts. dans nioh 3, chaque posture interagit avec le style opposé. par exemple, effectuer une impulsion de ki parfaite en posture basse (samouraï) permet de réduire de moitié le coût en ki de la prochaine esquive en mode ninja. c’est ce qu’on appelle le « flux de dualité ».
Le burst break vient remplacer le contre explosif de nioh 2. lorsqu’un ennemi déclenche une attaque imblocable (signalée par une aura rouge), le joueur doit initier un changement de style (style shift) exactement au moment du contact. si le timing est bon, takechiyo ne se contente pas de contrer : il absorbe une partie de l’essence de l’ennemi pour remplir sa jauge d’arts martiaux. c’est une mécanique à haut risque, mais indispensable pour venir à bout des boss dans les niveaux de difficulté élevés.
Les nouvelles armes et l’arsenal hybride
le sabre-grappin et les chaînes de kage
L’arsenal s’enrichit de deux catégories majeures. le sabre-grappin est l’arme hybride par excellence : en mode samouraï, il s’utilise comme un katana classique, mais en mode ninja, il permet de projeter la lame pour attirer les ennemis vers soi ou pour se projeter sur eux. cette polyvalence en fait l’arme favorite des joueurs privilégiant un gameplay fluide.
Les griffes de kage, quant à elles, misent tout sur la vitesse. elles possèdent une barre de combo dédiée qui augmente les dégâts à chaque coup porté sans être interrompu. la gestion du ki devient alors un jeu d’équilibriste, car une erreur de placement peut vider instantanément votre endurance, vous laissant vulnérable à un « grappin » ennemi.
La forge mystique et le loot intelligent
Le système de loot, souvent critiqué pour sa lourdeur dans les précédents opus, a été rationalisé. la forge mystique permet désormais de « lier » des statistiques de samouraï sur des armures de ninja. cela permet une personnalisation beaucoup plus fine des builds. vous pouvez désormais créer un personnage très résistant (armure lourde) tout en conservant la mobilité du double-saut du mode ninja, moyennant des investissements spécifiques dans la statistique de « maîtrise de dualité ».
Le purgatoire : l’enfer à ciel ouvert
les zones de corruption dynamique
Au sein des Open Fields, vous rencontrerez des zones appelées « purgatoires » (Crucible). Contrairement au Royaume Yokai des épisodes précédents qui était souvent statique, le purgatoire dans nioh 3 est une entité vivante. Visuellement, le ciel se teinte d’un violet profond et l’air se sature de particules d’amrita noir. Dans ces zones, le gameplay change radicalement : votre santé maximale diminue lentement à cause d’un effet d’érosion, et les ennemis regagnent leur endurance beaucoup plus rapidement.
Purifier un purgatoire n’est pas une mince affaire. Il ne suffit pas de tuer un ennemi spécifique ; il faut souvent détruire des « cœurs d’amrita » tout en gérant des vagues de yokai agressifs. Cependant, l’effort en vaut la chandelle. Une zone purifiée redevient un havre de paix où les prix chez les marchands diminuent et où de nouveaux raccourcis permanents s’ouvrent, facilitant la navigation globale dans l’open field.
le loot souillé et la quête de puissance
C’est dans les purgatoires que l’on trouve les « armes souillées ». Ces objets possèdent des statistiques de base extrêmement élevées mais sont inutilisables tant qu’ils n’ont pas été purifiés au sanctuaire. Ce mécanisme ajoute une tension constante : porter plusieurs objets souillés augmente votre vulnérabilité aux dégâts élémentaires, vous transformant en « canon de verre » tant que vous n’avez pas atteint un point de sauvegarde.
Le bestiaire : une évolution cauchemardesque
des yokai adaptés à la verticalité
Pour répondre à la nouvelle mobilité de takechiyo, la team ninja a entièrement revu l’intelligence artificielle et les patterns de ses monstres. Le bestiaire de nioh 3 est conçu pour contrer le double-saut et le grappin. Parmi les nouveaux venus les plus marquants, on trouve :
- le tengu des plaines : Une version plus massive et terrestre du tengu classique. il possède des attaques de zone dévastatrices et peut projeter des plumes tranchantes qui traquent le joueur en plein vol.
- l’araignée de fer (tetsugumo) : Un monstre mécanique et organique qui utilise les parois rocheuses pour vous surplomber. elle force le joueur à utiliser le mode ninja pour l’atteindre sur les hauteurs.
- le seigneur de guerre yokai : Ces mini-boss patrouillent librement dans les open fields. leur présence est signalée par un changement de musique et une aura rouge visible de loin. ils servent de gardiens aux trésors les plus précieux.
Le recyclage intelligent
Si l’on retrouve des visages connus (gaki, squelettes guerriers, yamanba), ils ont tous bénéficié de nouvelles animations. Un simple gaki peut désormais s’agripper à votre dos pendant que vous êtes en l’air, vous forçant à un switch de style rapide pour vous en libérer. Ce recyclage, bien que présent, ne choque pas car il s’intègre parfaitement dans les nouvelles dynamiques de combat.
Multijoueur : l’union dans la dualité
la coopération à 3 joueurs sans couture
Le mode multijoueur de nioh 3 est sans doute le plus abouti de la série. Vous pouvez désormais inviter deux compagnons pour explorer l’intégralité d’un open field, et non plus seulement une mission spécifique. La progression est partagée : si vous débloquez un raccourci ou trouvez un kodama chez un ami, cela est répercuté dans votre propre partie.
La difficulté s’adapte en temps réel. Avec trois joueurs, les boss gagnent de nouveaux patterns d’attaque pour éviter d’être simplement « étourdis » par le nombre. La synergie devient alors essentielle : un joueur peut maintenir la pression en mode samouraï pour briser la garde, tandis que les deux autres utilisent la mobilité du mode ninja pour infliger des altérations d’état rapides.
l’aspect social et les expéditions
Les sanctuaires servent désormais de hubs sociaux restreints où les joueurs peuvent échanger des objets non-équipés et préparer leur stratégie avant de s’attaquer à un purgatoire de haut niveau. Cette dimension communautaire renforce la durée de vie immense du titre, qui se compte déjà en centaines d’heures pour ceux qui visent le « platine ».
Technique et immersion : un moteur entre deux âges
performance vs fidélité graphique
Sur le plan visuel, nioh 3 est un titre contrasté. La direction artistique est sublime, portée par une gestion des couleurs qui magnifie le folklore japonais. Les couchers de soleil sur les plaines de shinano et les effets de particules lors des rituels d’amrita sont de véritables réussites esthétiques. Cependant, le moteur propriétaire de la team ninja commence à montrer ses limites face aux standards de 2026. Si le mode « performance » assure un 60 fps quasi constant (indispensable pour la précision des contres), le mode « résolution » peine parfois à maintenir la cadence dans les open fields les plus denses.
On note également du clipping (apparition soudaine d’objets) sur la végétation lointaine et des textures de sol qui manquent de finesse dans les zones rocheuses. Heureusement, la fluidité des animations de combat et la réactivité des commandes compensent largement ces quelques lacunes techniques. Sur PC, le jeu profite du DLSS 3.5 et du FSR 3, offrant une expérience ultra-fluide pour les configurations équipées.
l’interface utilisateur (ui) : le syndrome du cockpit
C’est sans doute le point le plus clivant du jeu. fidèle à ses racines, nioh 3 propose une interface extrêmement chargée. entre les jauges de ki, de dualité, d’arts martiaux, les icônes d’effets de statut et la mini-carte, l’écran peut vite devenir illisible pour un néophyte. bien que entièrement personnalisable, cette UI demande un temps d’adaptation certain. la gestion de l’inventaire a été améliorée grâce à des filtres automatiques plus intelligents, mais le tri du butin après une longue expédition en open field reste une activité chronophage.
Verdict final : l’aboutissement d’une décennie
Note finale : 80%
« nioh 3 est bien plus qu’une conclusion ; c’est l’aboutissement magistral d’une formule peaufinée depuis une décennie. en osant les open fields sans sacrifier l’exigence de ses combats, la team ninja livre un titre d’une générosité rare, capable d’occuper les joueurs pendant plusieurs centaines d’heures. malgré une interface toujours aussi austère et un moteur technique qui commence à dater, le plaisir pur de la progression et la profondeur tactique sont inégalés dans le paysage actuel du souls-like. »
les points forts :
- le système de dualité (samouraï/ninja) qui renouvelle chaque seconde de combat.
- le level design des open fields, un modèle de densité et de verticalité.
- la structure narrative plus claire et émotionnelle autour de takechiyo.
- une coopération à trois joueurs qui transforme l’expérience de jeu.
- une durée de vie colossale et un contenu de fin de jeu (end-game) ultra-complet.
les points faibles :
- une interface (ui) qui manque de modernité et de clarté.
- quelques concessions techniques visibles dans les grands environnements.
- un pic de difficulté brutal lors de l’arrivée dans le deuxième open field.
- le recyclage de certains ennemis des anciens opus qui pourra lasser les vétérans.
En conclusion, nioh 3 s’impose comme la nouvelle référence du genre. il parvient à marier l’adrénaline des jeux d’action pur jus avec la profondeur des rpg de loot, le tout dans un écrin de culture japonaise fascinant. que vous soyez un samouraï aguerri ou un ninja en quête d’ombre, ce voyage au cœur de l’ère edo est une aventure indispensable de cette année 2026.









