Test Pragmata : le nouveau pari fou de Capcom entre action orbitale et intelligence artificielle

Avis et Test Pragmata : L’odyssée lunaire de Capcom est-elle le chef-d’œuvre de SF que l’on attendait ?

Six ans. Il aura fallu attendre six ans, une pandémie mondiale, le passage à une nouvelle génération de consoles et une multitude de vidéos d’excuses pour enfin tenir Pragmata entre nos mains. Annoncé en juin 2020, le titre de Capcom était devenu l’Arlésienne du jeu vidéo japonais, un mirage technologique dont on ne savait finalement que peu de choses. Aujourd’hui, le 17 avril 2026, le constat est là : le jeu est une réalité, et quelle réalité.

Dès les premières secondes, le titre nous plonge dans une ambiance qui rappelle les plus grandes heures de la science-fiction cinématographique, quelque part entre le gigantisme de 2001 : l’Odyssée de l’espace et la solitude organique de Dead Space. On y incarne Hugh Williams, un astronaute envoyé par la Delphi Corporation pour enquêter sur le silence radio du « Berceau », une station lunaire censée être le fleuron de l’industrie humaine. Ce qui nous attend là-bas n’est pas seulement une panne technique, mais une véritable rébellion numérique orchestrée par IDUS, l’IA centrale. La promesse de Capcom était immense : nous offrir une aventure qui redéfinit l’action-aventure. Est-ce le cas ? Entre la poussière lunaire et les pixels nacrés du RE Engine, la réponse est complexe, fascinante et parfois frustrante.

La Lunafibre : quand le gameplay devient matière

Le cœur narratif et ludique de Pragmata repose sur un concept unique : la Lunafibre. Cette ressource brute, extraite du sol lunaire, permet d’alimenter des imprimantes 3D spatiales d’une sophistication inimaginable. Dans l’univers du jeu, cette technologie peut tout matérialiser, des outils les plus simples aux biomes terrestres complets (comme une reconstitution anarchique de New York ou des forêts tropicales artificielles).

Pour le joueur, cette Lunafibre est la clé de tout. Elle justifie la progression de Hugh Williams. On ne ramasse pas de simples munitions, on récolte de la matière que Diana, notre compagne androïde, transforme en temps réel. C’est une idée brillante qui permet à Capcom de briser les barrières du level design classique. Un instant, vous marchez sur la surface stérile de la Lune, le suivant, vous traversez une ruelle de Manhattan où les bâtiments semblent se décomposer en données numériques. Cette instabilité visuelle est sublimée par le RE Engine, qui affiche des contrastes saisissants entre le blanc clinique des installations et le chaos coloré des simulations corrompues.

Hugh et Diana : Un duo en symbiose (et en conflit)

Le véritable coup de génie, et parfois le plus gros défaut, de Pragmata réside dans son duo de protagonistes. Hugh Williams est un héros lourd, dont chaque pas dans sa combinaison pressurisée se fait ressentir. Face à lui, Diana est une androïde à l’apparence de petite fille, un modèle « Pragmata » de haute technologie.

Leur relation est au centre de tout. Capcom a clairement cherché à nous faire ressentir un lien parental, un peu à la manière de Joel et Ellie dans The Last of Us, mais avec une touche nippone très marquée. Diana n’est pas une simple alliée contrôlée par l’IA ; elle est une extension de votre manette. En phase d’exploration, elle court, s’émerveille d’un rien et nous offre des dessins. C’est mignon, parfois un peu trop « gros sabots », mais cela fonctionne car elle est notre seule bouée de sauvetage dans ce monde de métal froid. Cependant, l’écriture de Diana souffre de sa perfection. Elle est l’enfant idéale, ce qui la rend parfois moins humaine qu’une Ellie, ressemblant davantage à une « simulation de petite fille par ChatGPT » qu’à un être doté d’une véritable psychologie complexe.

Le système de combat : l’exigence du « Double Cerveau »

Entrons dans le vif du sujet : la bagarre. Pragmata ne ressemble à aucun autre TPS du catalogue Capcom. Si l’on pouvait s’attendre à un dérivé de Lost Planet ou de Resident Evil, le studio nous prend à contre-pied avec un système de combat à double entrée qui demande une gymnastique mentale constante. L’idée est simple mais redoutable : vous ne contrôlez pas un personnage, mais une unité de combat symbiotique où l’échec de l’un entraîne irrémédiablement la chute de l’autre. C’est une danse macabre entre la force brute et le code binaire.

Hugh Williams : la puissance de feu sous contrainte

Hugh gère la partie physique, celle qui fait du bruit et qui soulève la poussière lunaire. Manette en main, on ressent immédiatement le poids de son armure pressurisée. On est loin de la souplesse d’un Dante ; ici, chaque esquive consomme une barre d’endurance précieuse et chaque tir doit être compté. L’arsenal de Hugh repose sur une mécanique chromatique : les armes sont divisées en trois codes couleurs (rouge, vert, bleu).

Ce n’est pas un simple gadget esthétique. Chaque robot ennemi possède des couches de blindage spécifiques qu’il faut briser avec la couleur correspondante. Le problème ? Le système de munitions de Hugh est lié à la « Lunafibre » et se recharge avec le temps. Cette gestion de la surchauffe crée des moments de tension extrême. Quand votre fusil à impulsion bleue tombe à sec en plein assaut d’un méca-gardien, vous ne pouvez pas simplement recharger. Vous devez changer d’approche, basculer sur un module de défense ou, plus souvent, gagner du temps pour que Diana puisse intervenir. Cette vulnérabilité est le sel du jeu, nous forçant à réfléchir avant de presser la détente.

Diana et la Grille : le hacking comme champ de bataille

C’est là que Pragmata devient véritablement électrisant. Pendant que Hugh s’occupe de la survie physique, Diana gère la couche numérique. Pour infliger des dégâts significatifs aux robots les plus imposants, il est impératif que l’androïde pirate leurs pare-feux. Concrètement, une grille de hacking s’affiche en surimpression sur l’écran. Sans jamais perdre le contrôle de Hugh, vous devez utiliser les touches d’action (Triangle, Rond, Croix, Carré ou Y, B, A, X) pour déplacer Diana de nœud en nœud sur cette interface.

Le génie du game design réside dans la prise de risque : plus vous traversez de cases bleues (nœuds de données) avant de valider le hack sur la case verte, plus le point faible révélé sur l’ennemi sera critique. C’est un pur exercice de multitâche. On se retrouve à slalomer entre des missiles avec le stick gauche tout en martelant des combinaisons de touches pour optimiser le piratage. Plus tard, le jeu corse l’exercice avec des nœuds jaunes qui déclenchent des effets de zone ou des nœuds de « contre-hacking » qui, s’ils ne sont pas neutralisés à temps, paralysent l’armure de Hugh.

Une progression entre frustration initiale et maîtrise totale

Pourtant, ce système rencontre une limite frustrante durant les premières heures : la sensation d’impuissance. Dans le premier tiers du jeu, Hugh est d’une lenteur parfois exaspérante et ne possède aucun coup au corps à corps. Il est assez déroutant de voir un héros au design aussi robuste être incapable de donner un simple coup de pied pour repousser un petit drone trop collant. Quand vos armes sont en surchauffe, vous êtes condamné à fuir, les bras ballants, en espérant que Diana termine son puzzle rapidement. On aurait aimé un peu plus de répondant immédiat, une forme de « nervosité à la Doom » pour combler ces temps morts.

Heureusement, Capcom a soigné la courbe de puissance. À mesure que l’on investit dans le Refuge, Hugh débloque des grenades à ondes de choc et des modules de dash améliorés, tandis que Diana accède à des fonctions de piratage automatique partiel. Vers la fin de l’aventure, ce qui était une corvée mentale devient une seconde nature. On traverse les grilles de hacking à la vitesse de l’éclair tout en jonglant entre les types de munitions avec une fluidité jouissive. La frustration du début laisse place à une sensation de maîtrise absolue, confirmant que Pragmata est avant tout un jeu de « skill » qui récompense l’apprentissage et la synchronisation parfaite de son duo.

Le Refuge et la structure du monde

Entre deux missions intenses dans les biomes du Berceau, vous retournez systématiquement au Refuge. C’est le HUB central, votre safe zone. C’est ici que l’aspect « RPG-light » prend toute son ampleur. On y dépense la Lunafibre récoltée pour améliorer l’armure de Hugh, la vitesse de hacking de Diana ou débloquer des interactions sociales.

Le Refuge est aussi le lieu de la gestion de votre inventaire. À la manière d’un Dark Souls, vous disposez d’un nombre limité de cartouches de réparation (soin). Une fois épuisées en mission, vous devez soit survivre sans, soit retourner au Refuge pour les recharger, ce qui entraîne la réapparition de tous les ennemis de la zone. C’est une gestion du risque intéressante, mais qui est parfois gâchée par un système de voyage rapide assez lourd. On est obligé de repasser par le HUB pour changer de zone, ce qui casse le rythme de l’exploration et donne au level design un côté un peu trop « couloirs interconnectés ».

L’exploration elle-même est assez dirigiste. Si Capcom nous offre des panoramas sublimes (mention spéciale à la surface lunaire avec la Terre en fond), on se sent souvent sur des rails. Les ressources sont placées de façon très évidente, et on finit par ramasser les objets par automatisme plus que par curiosité. Le jeu manque de puzzles environnementaux profonds, préférant nous envoyer des vagues d’ennemis pour tester nos réflexes de hacking.

Technique : Le RE Engine décroche la Lune

Sur le plan purement visuel, Pragmata est une masterclass. Capcom prouve une fois de plus que le RE Engine est l’un des moteurs les plus optimisés du marché. Sur PS5, le mode « Résolution » est le choix roi. Il offre une 4K native à 60 FPS constants, avec des effets de ray-tracing saisissants sur les visières des casques et les carrosseries nacrées des robots. Les biomes sont riches en détails, allant des débris flottants dans le vide spatial aux particules de poussière dans les rues de New York.

Le sound design n’est pas en reste. La musique de Yasumasa Kitagawa alterne entre des nappes synthétiques inquiétantes et des envolées orchestrales épiques lors des combats de boss. Les bruitages de la combinaison de Hugh, les bips électroniques du hacking de Diana et les transmissions radio crépitantes renforcent cette sensation d’isolement technologique.

Seul bémol : Diana parle trop. Beaucoup trop. Capcom a cédé à la mode du « backseating » insupportable (comme Atreus dans God of War). Elle commente chaque objet, chaque ennemi, chaque porte fermée. « Hugh, on devrait aller là ! », « Hugh, peut-être qu’on peut améliorer ça ? ». On finit par avoir envie de couper le son pour profiter du silence lunaire, ce qui est dommage pour un personnage auquel on est censé s’attacher.

FAQ : Les questions brûlantes des joueurs

Quel est l’intérêt du gameplay hybride de Pragmata ?

Le gameplay hybride de Pragmata mélange le tir à la troisième personne et le puzzle de hacking en temps réel. Son intérêt réside dans la coordination : le joueur doit affaiblir les ennemis numériquement avec Diana pour pouvoir les détruire physiquement avec Hugh. Cela crée une tension unique où chaque seconde de hacking est une prise de risque face aux attaques ennemies.

Quelle est la durée de vie réelle du jeu ?

Pour terminer l’histoire principale en ligne droite, comptez environ 12 à 14 heures. Cependant, le jeu propose un contenu « endgame » riche : un mode New Game +, un niveau de difficulté supplémentaire (très exigeant) et des défis de simulation au Refuge. Pour les complétistes souhaitant améliorer tout l’arsenal et découvrir tous les secrets de la Lunafibre, comptez environ 25 à 30 heures.

Est-ce que Pragmata est un jeu d’horreur ?

Non, bien que l’ambiance soit parfois lourde et que certains designs de robots soient inquiétants, Pragmata est avant tout un jeu d’action-aventure de science-fiction. Il se rapproche davantage d’un Stellar Blade ou d’un Dead Space (pour l’ambiance spatiale) mais sans le côté « jump scare » ou gore des Resident Evil.

Peut-on désactiver les conseils vocaux de Diana ?

Non, il n’existe pas d’option dédiée dans les menus à la sortie. Vous pouvez seulement baisser le volume global des voix.

Le jeu est-il jouable sur PS4 ou Xbox One ?

Non, Pragmata est une exclusivité « next-gen » (PS5, Xbox Series, PC et Nintendo Switch 2).

Pragmata – Notre verdict final

Note : 85 %

Pragmata est une réussite insolente pour une nouvelle licence. Capcom a su transformer une attente interminable en un titre solide, innovant et visuellement époustouflant. Si l’on peut pester contre un level design parfois trop conventionnel, une narration un peu trop « gros sabots » sur le lien parental et une Diana qui ne sait pas se taire, le plaisir de jeu est immense. Le système de combat hybride est une véritable bouffée d’air frais dans le paysage des TPS actuels. En nous offrant ce voyage entre la Lune et des simulations terrestres, Capcom confirme qu’il est actuellement l’un des rares studios capables de livrer des blockbusters originaux avec un tel niveau de finition.

Un savant mélange de hacking et de tir qui nous emmène tutoyer les étoiles, malgré quelques lourdeurs narratives et une assistance vocale parfois agaçante.

Test réalisé sur une version PS5 fournie par l’éditeur. Également disponible sur Xbox Series, PC et Nintendo Switch 2.